Vitailles, le 8 septembre 1945

Cher Camarade

Nous voici en fin de semaine, il faut donc mettre les choses en règle. Ayant reçu votre lettre jeudi, je me mets en devoir de vous répondre. Je ne fais pas comme je vous avais dit. Je réponds et encore presque sur le champ. Mais que le courrier est long. Vos lettres mettent quatre jours pour venir à Lauzun.

Aujourd’hui 8 septembre, fête de la nativité de la Sainte Vierge, il y avait pèlerinage à Saint Colomb, à Notre-Dame de pitié. Mais comme j’ai en vacances une fillette qui a sa petite amie à Saint Colomb, elle y est allée. Moi je suis restée, n’ayant pas de bicyclette. Je ne sais pas s’il y avait beaucoup de monde, le temps n’était pas beau. Depuis chez nous ce soir en ramassant pour les cochons, j’entendais les cloches et j’ai offert mon travail à Notre-Dame de pitié comme je lui aurais offert ma prière si j’avais été près d’elle. J’aime beaucoup les pèlerinages. Lorsque j’étais en pension j’ai été gâtée sur ce point là. Nous y allions deux fois par an. Maintenant je me contente de Saint Colomb qui pour beaucoup de gens est l’occasion d’une journée de plaisir. La foule n’est pas recueillie du tout, c’est plutôt la foire et l’on ne peut pas bien prier.

À Villeneuve, il y a une toute petite chapelle au bout du vieux pont, Notre-Dame du bout du pont. Quand j’étais en vacances il y a deux ans, j’aimais beaucoup y entrer. Elle était tellement silencieuse cette chapelle. Il me semblait être plus près de ma mère du ciel. J’aime beaucoup le calme. C’est pourquoi je suis très attachée à la terre. Il me semble que je ne pourrais pas vivre en ville avec le bruit continuel autour de moi. Que j’aime ces soirs d’été. Après une dure journée, on vient le soir à la fraîcheur et dans le profond silence de la nuit qu’il est bon de se retrouver avec Dieu pour lui dire merci pour tout ce qui nous donne chaque jour.

Nous voilà bientôt à un mois du mariage de Lily. Maintenant elle est avec vous. Le travail ne doit pas lui manquer. Vous a-t-elle montré les photos des fiançailles ? Ce qu’elles sont vilaines. Il y en a où l’on ne voit presque rien et d’autres rien du tout. Nous en avons pris mardi soir à la maison, j’espère qu’elles seront mieux

J’ai l’impression que pour le mariage il ne fera pas beau temps. Chaque fois qu’il pleut je pense au 11 octobre. Vous verrez ce sera fatal.

Dimanche dernier nous avions la fête votive à Saint-Macaire. L’après-midi je n’y étais pas à cause de la réunion de toutes les élèves et anciennes élèves de la maison familiale pour faire les adieux à Monsieur Lhoste et à Lilly. Et le soir il a plu. Donc pour une fois que je voulais sortir, bloquée par une pluie qui a duré toute la nuit. Enfin la chose n’est pas des plus graves, c’est remis à l’an prochain.

Demain à Lauzun comice agricole. Mais il y a en général très peu de bétail. C’est plutôt une fête de jeunesse. Je n’aime guère y aller car je n’ai pas de camarades avec qui je peux sortir.

Je vous quitte pour ce soir espérant que ma lettre trouvera toute la maisonnée en bonne santé

Cette semaine je suis allée vendanger, je vous conterai les compressions quand je viendrai.

Bien affectueusement

Amitiés jacistes

Toujours unis dans le Christ

Yvette Fontanille


Note : cette lettre fait référence à Monsieur Lhoste qui fait ses adieux à la « Maison Familiale ». Henri Lhoste et sa femme, originaires de l’Eure, avaient fui les troupes allemandes au printemps 1940. Réfugiés à Lauzun avec leurs deux enfants, André et Etienne, les Lhoste font vivre la « Maison Familiale », centre de formation pour jeunes agriculteurs.

André Lhoste et Lily se fréquentaient et désiraient s’unir, même s’ils n’étaient pas du même milieu. Malheureusement, le grand amour de Lily est mort sur le front alsacien à 23 ans, le 18 mars 1945 fauché par une rafale de mitraillette. 

Lily se fiança à l’été 1945 avec Louis Marche, dit Loulou.

Un article du Républicain sur la famille Lhoste :

http://www.pressreader.com/france/le-républicain-lot-et-garonne/20160512/282183650268798

Pour en savoir plus sur Lily et Loulou, suivez ces liens :