Vitailles, 30 septembre 1945
Cher Camarade
Petit garçon bien sage, en lisant votre lettre, on aurait cru que j’étais à guignol tellement je riais. Vous étiez comique et lorsque qu’on vous a baptisé on vous a bien nommé Charles. Charlot je vous vois d’ici quel pitre vous devez faire. On ne doit pas toujours pleurer au Pin. Mais excusez moi. Je ne vous dis pas de ne pas écrire la semaine. Mais voyez-vous j’ai pitié de vos yeux qui clignent. Je suis charitable encore.
J’espère bien que la semaine vous n’allez pas swinguer comme vous dites si bien. Alors il serait inexcusable de cligner pour écrire et de passer la nuit à danser.
Ici rien d’extraordinaire. Dimanche dernier les élections cantonales ont eu lieu. Le bon candidat a passé avec 1100 voix de majorité sur le candidat rouge et 1900 sur le SFIO. Pourtant j’entendais dire chez papa quelques heures avant le dépouillement qu’est-ce que c’est des républicains démocrates. Il n’en faut plus de cela. Et malheureusement pour le brave homme il en faut encore Dieu merci.
Aujourd’hui Lilly est venue nous voir. Elle a emporté quelques affaires qui lui restait encore ici. Demain j’irai à Castillonnès lui porter le reste. Je crois que je viendrai en même temps que Madame Marche. Encore pas trop sûre. Ici tout le monde n’est pas trop d’avis de me voir partir si tôt. Que vont-ils faire ? Ils sont complètement perdus lorsque que l’un de nous part. Que feront-ils quand nous nous marierons, ils seront aux cent coups. Pourtant si je voulais les écouter ils m’auraient déjà mariée. Mais non. Quand Yvette se mariera elle se mariera par amour mais non pas pour la situation du jeune homme. Ils sont vraiment amusants. Je vous raconterai, vous n’avez pas fini de rire.
Lilly avait oublié les photos de chez nous. Elles doivent être belles surtout celles où je suis avec Lilly. Elles sont toujours vilaines les photos où je suis, je ne suis déjà pas trop belle au naturel comment voulez-vous en photo.
Je vous quitte pour aujourd’hui, quand vous recevrez ma lettre, la maison sera déjà à moitié chavirée par ce mariage.
Recevez cher camarade mon affectueux souvenir
En union de prière toujours
Amitiés jacistes
PS : si vous avez envie de rire lorsque vous écriviez je crois que ça s’est communiqué. N’avez-vous pas la force de vous signer en entier. Inutile de répondre à ma lettre, je ne serai pas là pour la recevoir