Vitailles, 19 octobre 1945

Cher Camarade

Après avoir passé une semaine de vacances, me voici de nouveau au travail avec du soleil plein le cœur. Voilà huit jours nous étions sur le point de départ. Pour Lily et Loulou une nouvelle vie s’est ouverte, un foyer nouveau est fondé. Je t’assure que pour moi le 11 octobre restera marqué dans ma vie comme une grande journée. Pour toi j’ose croire qu’il en est de même. Je ne puis t’exprimer ce que j’ai ressenti lorsque tous les deux au pied de l’hôtel du Maître, devant le prêtre, ils ont prononcé le “Oui” qui unit pour toujours leur deux vies. Instinctivement, j’ai pensé à maman, j’ai eu envie de pleurer. Oui je t’assure, j’ai bien prié pendant la messe malgré l’agitation de ceux qui était derrière nous. Ils n’ont donc pas compris la grandeur du sacrement qui venait de s’accomplir et n’ont certainement pas demandé à Dieu de faire pleuvoir sur ce foyer toutes les grâces qu’ils ont demandées. Je comprends bien les larmes de ta maman. Lily et son mari étaient fatigués mais aussi et surtout elle est peut-être un peu moins sa fille. Avant, toute son affection était pour papa et maman. Maintenant ce sera différent elle verra plus son mari. Je t’assure qu’il en est de même pour tous les parents. Tu vois ici quand je leur dis, moi quand je me marierai je veux vivre seule avec celui que j’aurai choisi alors on voit aussitôt sur leur visage quelque chose qui dénote une souffrance morale de séparer les enfants pour lesquels on vit, on se sacrifie tous les jours, est une chose dure pour une maman. Pourtant les enfants n’appartiennent-il pas à Dieu d’abord et chaque jour Dieu se sert de ses créatures pour former son bonheur et son ciel.

La maison est bien comme je me figurais la trouver. Beaucoup de travail était resté en arrière mais ne t’en fais pas je suis philosophe. Minute. Ce que je ne peux pas faire un jour je le laisse pour le lendemain. Depuis que je suis allée à Lourdes il y a deux ans j’ai bien changé tant au point de vue physique que moral. Je suis une petite miraculée. Je peux bien dire car depuis j’ai retrouvé la santé qui hélas s’était transformée en pré-tuberculose. Encore il me faut jouer avec ma santé mais je tiens le coup comme il faut, même seule avec tout le travail de la basse-cour et de maison avec des malades à soigner c’est merveilleux. Voilà plus de lumière. Je me demande ce qu’il font de nous couper le courant ainsi c’est à la petite lampe qu’il faut avoir recours

Je termine ma lettre en espérant que lorsque tu la recevras, toute la maison sera en bonne santé. Dis donc mon cœur je ne te donne pas la permission de venir atterrir dans mes champs. En vélo je te donne toute permission de venir quand tu voudras. Peut-être je te demanderai dans une prochaine lettre d’aller me chercher notre laine à Casseneuil. Je t’enverrai la fiche enfin on verra d’ici là.

Demain soir je vais dépenailler chez des voisins avec Yves. Dommage que tu ne sois pas là pour rire.

Reçois cher camarade mon affectueux souvenir en union de prière toujours

Amitié jaciste

Cordiale poignée de main à tous

Yvette Fontanille

Lauzun est un canton


Depistage tuberculose en 1945
Campagne de dépistage de la tuberculose en 1945