Vitailles 14 novembre 1945

Cher Camarade

Aujourd’hui en rentrant des vêpres puisque c’était l’adoration perpétuelle, j’ai trouvé ta lettre. Je n’attendais pas une réponse aussi tôt. Vraiment on dirait un enterrement cette lettre. N’as-tu pas plus de cran que ça ? Es-tu un garçon résolu ou une omelette ? Je vois d’ici ta tête. Tu n’as pas eu une syncope au moins ? Quel bébé ! Qui ne sait pas offrir un sacrifice ? Tu avais fait de grands rêves sans me prévenir ? Pourquoi ? Avais-tu peur de moi ? J’ose le croire. Un personnage comme ça tout le monde ne s’y adresse pas ? Oui la vie religieuse est à ma droite. Le mariage à gauche. Devant moi un voile. Oh prie pour moi que l’Esprit Saint m’éclaire, il me fasse prendre la route que Dieu m’a tracée. Peut-être que ce n’est qu’un rêve que Dieu a permis pour éprouver ses créatures. Puis, je suis en train de lire un livre qui m’a été offert l’an dernier pour mon anniversaire. La femme dans les missions de Georges Goyau. Chaque fois que je le prends, je me vois là-bas au milieu des petits malades. Il est très beau, il m’avait été acheté par André Lhoste. Chaque jour dans la prière, je lui demande de m’éclairer, lui qui possède le grand bonheur du ciel. Un foyer c’est beau aussi. Se lier pour la vie à un être qui doit être ton compagnon de vie est aussi une grande chose. Je te dirais que je me trouve bien gamine pour répondre et c’est qu’une des vocations aussi avant mes 20 ans. Je ne veux m’engager dans aucune direction. J’espère que tu trouveras sage ma résolution, que tu ne vas pas pleurer sur un bonheur qui te semblait tout acquis et que tu sembles avoir perdu à jamais. Tu n’as que 19 ans. N’aie pas peur va. Tu te marieras. Mais avant, mon ami, il faut mettre le costume militaire. Et pour combien ? Tu n’y penses pas ? Je termine ma lettre après des moqueries peut-être pas très chrétiennes. Je crois que tu sauras les prendre de qui elles viennent. Je t’assure que je n’en pleure pas de ta lettre ici. Ils se demandent ce que tu as bien pu écrire pour que je rie ainsi. C’est presque Jean qui pleure et l’autre qui rit de son côté.

Dimanche premier, je vais à la réunion de secteur. Sans doute la responsable du groupe se paralyse. Je te raconterai si j’ai le temps lorsque tu viendras. Notre première réunion de l’année, c’est amusant au possible n’est-ce pas ? Difficile le travail de cette année. Quelle partie de plaisir cette réunion. Le plus dur c’est le commentaire d’évangile sans prêtres

Reçoit cher ami mon affectueux souvenir.

Toujours uni dans la prière.

Amitiés jacistes

PS : lorsque que tu viendras, tu auras la bonté d’amener ton frère Jean et les photos du mariage. J’ai des nouvelles de Toulouse. Mes amitiés à toute la famille Pontreau du plus grand au plus petit mais pas à vos propriétaires. Ils sont trop grincheux.  Elle est moqueuse dans les grandes largeurs n’est-ce pas


femme dans les missions