Vitailles, 25 décembre 1945
Cher ami
Nous voici au soir de Noël. Pour la première fois depuis six ans, Noël de paix dans le monde. Mais Noël de paix dans les âmes, question point résolue pour beaucoup. J’avais pensé à un plus beau Noël que celui là comme je te l’avais dit, j’aurais été si heureuse de voir toute ma famille à la table sainte pour fêter la naissance de l’Enfant Jésus. Hélas une fois de plus Noël a passé et papa est resté sectaire. Au lieu de nous suivre à la messe, il a gardé le feu. Comme cela fait mal. Alors qu’il y a quelques années à peine, il était militant dans les rangs de l’action catholique, aujourd’hui militant socialiste. Mais je t’assure que je lui ferai bien sentir un jour. Si Dieu veut que ma vocation soit le mariage il sera obligé de faire selon mes désirs. Messe de communion le jour et le lendemain messe pour les morts des familles.
La mission vient de se clôturer aux vêpres auxquelles il n’y avait pas beaucoup de monde à cause du mauvais temps. Ce mois de février, Yves et moi, nous allons bien huit jours au monastère à Urt, Basses-Pyrénées, quelle chance d’avoir d’aussi aimables propriétaires. Tu excuseras le retard de ma lettre mais tous les soirs de la semaine dernière en rentrant des prédications, il était tard et je n’avais pas le courage de me mettre à écrire. Et ce soir, je fais vite et aussi l’écriture laisse à désirer, le marchand de sable est généreux. La nuit dernière était assez courte. Je ne répond pas aux suggestions de ta lettre car tu ne peux pas voir les choses sous le même jour que moi. Mets toi à notre place. Nous vivons dans un foyer. Mais où est l’affection du père qui n’est jamais là puisque privé de notre mère ? Jamais ma tante ne pourra la remplacer. Je serais heureuse que tu me dises ta façon de penser bien franchement.
Je termine pour ce soir. Je ne vois même plus droit. Il vaut mieux s’arrêter.
Reçois cher ami mon affectueux souvenir
En union de prière toujours
Yvette
PS : Tâche de mieux écrire même en écrivant droit, surtout les adresses, elles vont dans tous les sens. Trace des lignes s’il le faut.
Actualités de Noël 1945 :