Vitailles, 9 janvier 1946
Cher ami
Cette fois je suis fauchée complètement. Une telle avalanche de lettres a mis ma boîte à lettres à sec. 1946 est catastrophique pour moi. Tous les jours des lettres, invitations par ci invitations par la. Je ne sais trop par quel bout commencer. J’ai au moins 20 lettres auxquelles il faut répondre le jour où je vais m’y mettre, mais encore il faut le trouver. La semaine dernière jusqu’à lundi j’ai veillé jusqu’à une heure ou deux heures du matin pour tricoter un poul-ovver à une voisine. Cette semaine c’est pour Yves. Samedi nous allons à Villeneuve chez nos amis jusqu’à lundi et après où va-t-on encore aller ?
Je crois que je ne t’ai pas remercié du livre que tu m’as envoyé pour mon anniversaire.. En tout cas j’étais très contente, les rayons de mon petit bureau se sont garnis un peu plus. Lilly et Loulou m’en ont aussi envoyé un, le livre de May, l’enfant poète
J’ai passé de bonnes fêtes du nouvel an et je continue encore à passer de bons moments. Si l’année continue ainsi je ne vais pas m’ennuyer. Il y a papa et ma tante qui parlent de quelque chose qui dépassera l’ordinaire pour mes 20 ans. Qu’est-ce qu’ils veulent donc inventer ?
Je termine, excuse l’écriture. Si tu peux lire ça ira sinon, tâche de comprendre. Il est déjà tard, il faut pourtant que j’en expédie d’autres lettres. En arrachant cette feuille, j’ai constaté que j’écrivais beaucoup mieux à 17 ans qu’à 19.
Reçois cher ami mon affectueux souvenir.
En union de prières.
Yvette