Vitailles, 1er février 1946

Cher ami

Enfin après quelques jours d’agitation, la maison a retrouvé son calme. Crime du cochon, grand-mère rentrée de la clinique. La vie paisible est revenue.

Lundi dernier j’ai eu la visite très agréable du rebouteux qui m’a remis ma fameuse jambe d’aplomb. J’avais le genou défait depuis plusieurs mois. Déjà pour le mariage de Lily, ma jambe me faisait mal. Il m’a dit que si j’avais attendu encore un mois, j’airais fini par ne plus marcher. Déjà depuis 15 jours je marchais difficilement.

On m’a grondé et moi je trouve que souffrir en silence était un beau sacrifice ?

Je crois que nous sommes tous idems. Lorsque j’étais en pension, il fallait écrire tous les dimanches. Elles étaient vite faites les lettres, les lignes assez espacées les unes des autres.

Dimanche j’étais à la messe dans un petit village voisin où avait lieu l’inauguration de plaques commémoratives à la mémoire d’un jeune prisonnier mort pour la France il y a un an. Après toute la journée de garde depuis 4 ou cinq dimanches.

Heureusement que le bal ne me hante guère et ne me réussit pas. Pourtant il y a parfois de l’apostolat à faire. La preuve, tu l’as trouvée. Pauvres garçons qui ne voient pas plus loin que leur bout du nez. Comme ils sont à plaindre car ils souffrent moralement. Ils se sont pas mal tes vers.

C’est sans doute contagieux le mariage au Pin. J’ose croire que cela s’arrêtera à jeunes filles. Louisette qui disait si bien le lendemain du 11 octobre « oh moi ça ne me tracasse guère » est-ce donc le coup de foudre ?

En tous les cas mes félicitations et tous mes vœux de bonheur. La famille va s’augmenter.

La réponse exacte de ta question est assez difficile. Une auteur compare la jeune fille à un clavier infiniment délicat qui a ses jours, ses heures, ses minutes, presque ses secondes. Clavier où les plus forts ont toujours quelque chose à apprendre et dont le nom est l’éternel féminin. Et plus loin, il dit parfois en voulant trop savoir on a la réponse qui a été faite à ton camarade. Donc pour arriver à connaitre, il faut sans doute une grande patience. Un jeune fille est très vite vexée, cela dépend encore du caractère de la personne.

Je termine ma lettre

Reçois cher mai mon affectueux souvenir

En union de prières

Yvette