Vitailles 7 février 1946

Cher ami

La tête rafraîchit les idées aussi alors au travail. J’étais un peu étonnée de trouver une lettre aujourd’hui. Pour lire toute ta lettre, j’ai du recourir à une glace. Tu as collé la lettre en même temps que l’enveloppe. Alors pour savoir tout ce que portait le papier, j’ai pris une glace.

Tes dimanches vont être chargés avec la préparation militaire. L’Etat est bien pauvre pour ne pas vous payer.

Tu as de la chance d’avoir ainsi une telle influence sur tes camarades car il en faut quelque fois si peu pour mettre un camarade sur le droit chemin. Quelle joie pour celui qui a fait ainsi du bon travail. On est si heureux devant la tâche accomplie. Dieu bénit le moindre effort qu’on fait pour son service.

On peut comparer Louisette à une violette cachée sous la mousse qui se croit (passage manquant) et qui cependant est guettée par bien des yeux.

Je crois qu’elle saura remplacer la maman de ces petits, qu’elle saura se faire aimer. Vois-tu la chose est claire entre Louisette qui deviendra maman de ces petits. Le fiancé de ta soeur est certainement chrétienne et tu connais Louisette, elle saura les élever chrétiennement.

Pour moi j’avais une maman qui avait ramené papa à pratiquer et devenir un militant chrétien. Puis du jour où il se remaria avec une femme qui ne pratiquait guère, lui devint de même et pire puisqu’elle est venue à la sainte table pour Noël. Mais dans les conversations, c’est si choquant avec ses parents de ne pas être du même avis que petit à petit en fossé se creuse. De plus nous ne vivons pas avec eux. Je ne les prends guère pour mes parents.

La fin de ta lettre me porte à rire. Je voudrais bien entendre ta voix lorsque tu dis que le sexe féminin te trouble ou reste mystérieux. Tu veux rester vieux garçon. Tiens, je parierai presque ma tête à couper que tu ne resteras pas vieux garçon.

Dites donc monsieur, les contes de fées commencent par il était une fois. Puis tu as raison, la mode change et l’économie de l’encre.

Ma feuille est garnie et je n’ai plus de papier alors je termine. Reçois cher camarade mon affectueux souvenir.

Attention de ne pas faire trop de morceaux de cochon.

Amitiés jacistes

Yvette