Vitailles, 10 mars 1946
Cher ami
J’ai reçu ta lettre vendredi mais pas courageuse pour rien faire. Mon plus grand travail c’est de prendre des drogues. Je commence bientôt d’en avoir assez de cette histoire. En me levant, j’ai voulu circuler un peu dans la maison. J’ai rechuté. Le docteur a dit « lever très tard, coucher très tôt et garder la chambre jusqu’à ce que je ne tousse plus ». Celui là, il commence à me faire suer ! Enfin, le printemps viendra bien une fois. Pour l’instant il ne fait pas chaud ici. Peut-être sur les bords du Lot, c’est la température de Nice.
On dirait que c’est épidémique le départ des jeunes au Pin. Vous devez vous faire le mot pour filer les uns après les autres. Le travail ne va pas manquer pour le reste de la famille Pontreau qui sont plus raisonnables et restent bien sagement au Pin.
Tu ne sais pas, je m’amusais à classer des lettres vendredi. Je me suis aperçu que les premières lettres tu t’appliquais pour bien écrire et maintenant tu écris comme un chat. Dis-donc as tu fait l’analyse de ton écriture ? Tu devrais me l’envoyer. Quant à l’analyse de la mienne, tu n’as pas dû te provoquer une méningite en trouvant ça. Il y a du juste et du faux. Mais me crois-tu sans défaut ? Tu te trompes bien. Je serais bien la seule d’ailleurs.
Une autre nouvelle. Tu connais Alberte Péré de Fauillet. Elle se marie le 27 avril. Sa petite soeur Simone est à la maison familiale. Nous sommes deux bonnes amies. Ils font une très belle noce. Il y a dix couples de jeunes. Les jeunes filles en robes longues. Pour moi cette année, c’est l’année des baptêmes. Je suis marraine deux fois.
Vous me préviendrez assez tôt de votre visite car je suis souvent de sortie le dimanche à moins d’être malade.
Aujourd’hui j’aurais dû être à la réunion de la JACF. Hélas au coin du feu.
Je termine pour aujourd’hui en t’envoyant mon affectueux souvenir.
Amitiés jacistes
Yvette
Tiens, je t’envoie un morceau de mimosa qu’Yves m’a rapporté du bal fleuri du mardi gras.