Le Pin, 14 mars 1946
Ma chère amie
Il parait que la grippe est maladie contagieuse car je commence à le croire, bien que je ne doutais pas qu’elle se propage par correspondance; ainsi depuis hier, je suis quelque peu encombré de sa compagnie. Oh tu sais, je ne suis pas malade pour rester dedans, mais je me passerais d’elle.
Hier, quand ta lettre m’a rejoint je faisais le singe dans la charpente de l’hangar neuf. Comme le temps était pluvieux, avec le jeune domestique du gendre de Monsieur Aurière, nous accrochions les tuiles, par dessous, avec du fil de fer pour parer des bourrasques de vent; le boulot n’était pas pénible mais il fallait parfois faire de l’équilibre, heureusement que je m’y entends pour faire le singe, aussi quand il faut accrocher le palan au faîte des peupliers qui penchent sur le Lot, pour les tomber je connais celui qu’on désigne.
Hier soir, nous avions la réunion à Saint Etienne, toujours une agréable ambiance, forcément un peu de chahut pour rappeler que c’est une veillée de jeunes et puis sans remuer, on risquerait d’avoir froid. Mais c’est sûrement au retour que j’ai du raccrocher mon petit rhume.
Passons, tu me parles du prochain mariage d’Alberte Péré, Louisette en avait causé à la maison, elle a trouvé la sœur du fiancé d’Alberte à Castillonnès. Pour Carnaval, je souhaite une splendide journée pour le 27 avril et même pour le 25 puisque ce jour là je serais peut-être à la noce du moins à une messe de mariage. Comme mon futur beau-frère est veuf, ce sera très modeste. Je crois que le repas de famille sera la veille au soir, car ils pensent partir pour Bordeaux sitôt après le messe le 25.
Je constate que la famille Péré demeure toujours d’excellents chrétiens désirant pour leur enfant cette bonne éducation que la HCF saura toujours distribuer.
Tu me demandes l’analyse de mon caractère par l’écriture. Il est tellement défectueux que je ne veux pas le dévoiler et puis ceux qui désirent le connaître n’ont qu’à chercher à éclaircir l’interrogation de l’apparence. Attention aux méningites.
Dis donc, Yvette, quand est-ce que tu auras fini de critiquer mon écriture ? C’est pas de ma faute si mes doigts restent rudes et puis ce n’est pas un déshonneur de mal écrire.
Il parait que les grands esprits ont une affreuse écriture.
-Quel vaniteux ce garçon ?
Je termine en souhaitant que ma lettre te trouve tout à fait rétablie.
Reçois chère amie mes affectueuses amitiés
Union de prières
Charles
Merci pour la petit fleur
Qui me procure un doux plaisir,
Car ce petit porte bonheur
Vient rafraîchir mes souvenirs.