nouveau document 2018-04-08 08.58.53_1Vitailles 7 avril 1946

Cher ami

Décidément le retard en réponse de correspondance se communique. Dimanche dernier je voulais me mettre au travail. Empêchée cette semaine j’ai essayé d’écrire. Impossible j’avais la main qui tremblait comme une feuille morte. Quant à veiller, depuis ma maladie, il ne faut pas y compter. Aussitôt souper au lit. Ce soir je dépasse un peu la consigne. Grand-mère est couchée. Elle ne viendra pas fermer les lumières mais ma lettre ne va pas être bien longue. Vas-tu encore compter les mots, tu as de la patience de reste. Tu devrais m’en envoyer si cela est possible. Quant à ta carte et son langage de timbres, permet moi de te dire que c’est tout à fait idiot, ça n’a ni tête ni queue.

Peut-être dans l’écriture il y a un peu de vrai. Mais il y a à en prendre et à en laisser. Tu ne découvriras pas le caractère d’un étudiant dans son écriture ? Fini, l’affaire est terminée.

Que fait-on au Pin ? Le printemps est sans toute né. Depuis vendredi l’eau nous a rendu visite. Cela fera du bien. Les prés sont bien vilains encore. Pas de foin cette année. Les blés sont beaux. Les avoines sont presque toutes perdues. Nous aurons environ trente à quarante sacs. Mais nous avions semé pour en avoir soixante-dix. Maintenant il ne faudrait pas qu’il gèle sur la vigne. Les fèves sont en fleur. Les arbres fruitiers ont quitté les parures blanches ou roses.

Les fleurs sortent de tous les coins. La nature revit.

Je parle toujours de moi et vous tous que devenez-vous ? Louisette doit préparer son départ prochain. Toi aussi. Mai verra ses jeunes de vingt ans sous les drapeaux. C’est un honneur que peu de jeunes apprécient. L’histoire ne doit pas être bien intéressante.

Saint Livrade est-il plus calme que notre secteur ? Ici, vols sur vols. Les maisons sautent avec les habitants. A Montignac, une fille mère étrangle son fils nouveau né dans la cour. La civilisation se perd. Qu’allons-nous devenir ? Cette année dans une ville comme Lauzun, 900 habitants, cinq filles mères.

Je termine car l’heure s’enfuit. J’ai des quantités de choses à dire mais stop au lit Yvette.

Dimanche je suis marraine d’une petit cousin. Pierre-André.

Pour Pacques Lilly et Loulou viennent à Castillonnès.

Reçois cher ami mon affectueux souvenir

En union de prières

Yvette