Le Pin 14 mai 1946
Chère amie
Que dois-tu penser d’un aussi long silence ? Des excuses seraient-elles valables ? Depuis la dernière lettre que je t’ai envoyée le temps a fui, en quelques lignes je vais récapituler:
Le lundi de Pâques je pensais aller à Castillonnès comme je t’avais dit; je n’ai pu disposer de la bicyclette, mon frère étant parti pour Grateloup et l’autre vélo était en réparation. Tu as sûrement été déçu de ne pas m’y trouver. Vraiment ce n’est pas de veine; je t’assure que j’ai regretté de n’y avoir pas été ; je me demande s’il me sera possible de te revoir. Pourtant les trente kilomètres qui nous séparent ne peuvent être un obstacle.
Je passerais rapidement la description du mariage de Louisette, il a été entouré de la plus entière déveine; le mercredi soir nous étions encore à dix heures à arracher une vache du Lot, tous les invités attendaient et je t’assure que nous étions particulièrement énervés; le jeudi matin la messe du mariage était fixée à six heures pour permettre aux jeunes époux de partir pour Bordeaux le matin même; comble de malheur, lorsque au début de la messe Mr le Curé demande les alliances, la mariée s’aperçoit qu’elle les a oubliées (tu imagines la suite) de ce fait la correspondance était manquée et le départ retardé jusqu’au soir.
Depuis elle a entamé elle aussi sa vocation d’épouse, nous la revoyons de temps en temps. Elle a beaucoup de travail dans son nouveau domaine surtout avec les deux petits, à qui une maman manquait énormément.
J’ai été un peu étonné en lisant ta dernière lettre; tu me parles d’une grande nouvelle que tu vas bientôt m’apprendre. Ce doit sûrement être une chose sensationnelle qui te concernant doit m’intéresser au premier point (je crois avoir deviné et je ne serais pas surpris)
Je termine ma lettre en te souhaitant une bonne santé. Ici maman souffre beaucoup du ventre et est alitée depuis deux jours; depuis sa typhoïde il y a six ans, elle a de temps en temps des crises intestinales, ce n’est pas intéressant.
Adieu chère amie, union de prière et affectueux souvenirs
Charles
Pourquoi cher camarade ? N’est tu pas certaine quoi qu’il arrive de conserver toujours mon entière amitié ?