Le Pin,  27 mai 1946

Chère amie

Peut-être seras tu étonnée d’avoir aussitôt une réponse ? Mais vois tu ce soir je me sens en forme pour écrire. Aussi je saisis l’occasion.

Malgré le temps maussade qui persiste, c’est toujours avec la même joie que j’accueille tes lettres et cette dernière que j’ai reçue ce matin a été pour moi un rayon de soleil.

Vraiment je te félicite pour cette franchise et cette confiance que tu me sollicites et je tâcherai d’être toujours aussi sincère à ton égard.

Je vois que chez toi cette vingtième année vient éclairer de jours nouveaux le printemps de ta vie et voici que tout à coup sans que tu y aies porté attention, un étrange carrefour s’est présenté à tes yeux et sans tarder il faut pourtant continuer la route de sa vie. Tu as choisi après avoir consulté ce merveilleux poteau indicateur qu’est la lumière divine. Comme tu dis si bien, l’amour ne s’achète pas et pour que demain il puisse s’épanouir en véritable bonheur il faut laisser parler son coeur et alors il sera grand, il sera beau, il sera solide pour pouvoir comme le rocher résister à la tempête; vois-tu chère Amie si je me permets de te parler ainsi c’est parce que moi-même je me suis trouvé dans ce cas, j’ai rencontré en ce printemps cette flamme qui pourrait embraser tous les jours de ma vie, je connais l’affection dont je suis entouré mais obstinément je demeure sectaire, car une autre étoile brille dans le ciel de ma vie. Et si toi aussi dans ton coeur, un astre renouvelle sans cesse tes pensées, si tu veux ensemble nous prierons en cette fin de mai, notre maman du ciel pour qu’un jour ils se rencontrent.

Je termine et je t’invite comme toujours au grand rendez-vous de la prière.

Sincère amitié

Charles

PS : dimanche de Pentecôte, je vais à Castillonnès; j’ai décidé en y allant de passer par Lauzun. Je serai à la messe et j’aurai peut-être la joie de te voir. Tu seras bien aimable de me donner l’horaire des offices; au plaisir de te causer.

Ch

Une maladie mystérieuse sévit dans la région. Un genre de tuberculose, en une quinzaine de jours, un malade est foudroyé. On déplore 6 victimes dont 4 jeunes filles enterrées la semaine dernière.