Vitailles 3 juillet 1946

Cher Charles

Pour un jaciste, tu es charitable, rire de mon malheur. Je n’ai pas peur de la mort mais on ne rit guère à son approche quand même. Les méditations ont pris un autre chemin ! C’est fini à présent, je n’y pense plus.

Nous n’avons pas tout à fait fini les foins ici aussi un peu plus abondantes que l’an dernier la récolte de foin. Ce soir nous avons fauché un petit champ d’orge. Les blés et les avoines ont encore besoin de huit à dix jours de soleil. Mais s’il nous chauffe comme ces trois derniers jours, nous allons cuire. On ressemble à des marocains. L’après-midi une à trois heures de paix enveloppe la campagne. Seules les cigales et les grillons coupent un peu ce grand silence de la terre qui semble courber la tête sous le poids des moissons.

Je ne savais pas exactement la date de ton anniversaire. Enfin il n’est jamais trop tard pour bien faire, c’est donc de mon coeur que je t’offre mes vœux de bon et heureux anniversaire. Que Dieu te comble de ses bénédictions, qu’il accorde toutes les traces que tu lui as demandées. Pour cela ce soir, j’ajouterai une petite prière de plus.

Je n’ai pas encore eu l’occasion de trouver sur mon chemin des jeunes filles insupportables car enfin de dix huit à X années, on commence à ne plus être des enfants terribles.

Tu as entièrement raison de te corriger tes défauts et d’assouplir ton caractère. Les hommes d’un certain âge disent : »pour habiter avec une femme, il faut avoir un caractère d’or mais aussi les messieurs ne s’imaginent sans doute sans défaut sans doute » Et bien ! moi je trouve qu’ils en ont des défauts. Ainsi on n’a qu’à (passage manquant) leur chambre le dimanche et (passage manquant) alors on s’aperçoit de leurs petits (passage manquant). Ils arriveront dans la cuisine les (passage manquant) dégoûtant alors qu’on vient de laver (passage manquant) pièce et tout d’autre chose il y en aurait jusqu’à demain des choses à énumérer. Un bon conseil, apprends,toi, dès maintenant.

Tu l’as lu dans un de tes journaux jacistes où tu l’as trouvé seul ce passage là « Oh amie c’est pour toi que je me garde c’est parce que je t’aimais avant de te connaître que j’ai grandi dans le bien et c’est en pensant à toi que j’ai résisté au mal » ? Elles sont très belles ces phrases mais hélas combien de jeunes gens et jeunes filles ne les ont pas dans le coeur. Aussi ceux qui croient au véritable amour ne sont pas obligés de prendre n’importe quel ou n’importe quelle mais peuvent bien choisir celui et celle qui répondra vraiment à leur idéal. C’est ce que je fais. Du moins je viens de répondre à la troisième demande non. Car je ne suis pas obligée de prendre le reste des autres. Ce n’est pas leur situation matérielle et plutôt morale qui me fait réfléchir. Je te raconterai ça l’a lorsque j’aurai l’occasion de te voir, tu riras bien je t’assure.

Il faut que je termine car les aiguilles tournent et le jour arrive toujours trop vite à mon avis.

Reçois mon affectueux souvenir

Amitié jaciste

Yvette