Vitailles, 10 juillet 1946

Cher Charles

Ce soir, je ne suis guère décidée à écrire. Aussi tu ne recevras pas un journal, cela te fera une économie de temps. Je suis un peu fatiguée, surtout très énervée. Yves était allé moissonner chez papa aujourd’hui. Ils ont cassé une pièce. Maintenant en panne jusqu’à X temps. Peut-être ce ne sera pas long mais enfin c’est toujours du temps qu’on perd.

Vous devez avoir fini au Pin. Ici c’est tout juste mûr, le nœud de la paille est encore un peu vert.

Hier nous avions la sépulture d’un jeune homme de 24 ans mort des suites d’un coup de cheval. Les pauvres parents enterraient leur fils aîné il y a eu 3 mois le quatre juillet et le troisième a peu de chance de vivre longtemps. Il a une jambe complètement écrasée en étant déporté STO en Allemagne. Comme il y a des familles durement éprouvées. Pourvu que dans leurs épreuves ils sachent aller vers Dieu. Il n’y a que là qu’ils puissent trouver le courage nécessaire pour supporter la peine.

Aujourd’hui j’ai reçu des directions pour préparer une fête jaciste avec un défilé de chars. Ça ne me dit pas grand chose sur tout à cause de l’endroit. Je t’expliquerai le pourquoi une autre fois. Les sections JAC JACF de Lauzun doivent présenter la demande en mariage sous le second Empire. Rends toi compte si c’est facile d’organiser cette histoire sur un char.

Enfin tout ça c’est pour le 14 septembre. Nous avons Albert Labardin.

Je voudrais que ce soit déjà passé, c’est un sacrifice je t’assure.

Je termine en souhaitant une meilleure santé à Louisette et à Lulu.

Reçois cher Charles mon affectueux souvenir

En union de prières

Yvette