Vitailles 9 août 1946
Cher Charles
C’est tout juste si tu vas pouvoir déchiffrer car l’encre est bien pâle. Enfin tu n’auras qu’à prendre tes lunettes.
Un an vient de s’écouler depuis les fiançailles de Lily et Loulou, comme le temps passe vite, il me semble que c’est encore tout récent et durant cette année je me suis trouvée face à des tourments qui auraient pu en quelques mois changer ma vie. Je suis restée sectaire peut-être ai-je mal fait. Une personne m’a dit que les années passaient et qu’il fallait chercher à réaliser sa vie autrement que matériellement. Mais lorsqu’Yvette a dit non une fois, elle n’a pas l’habitude de revenir sur ses décisions et on ne me fiancera pas selon les goûts de Monsieur ou Madame un tel ou une telle. La chose est trop grave. Je ferai comme bon me semblera. Non pour plaire à mes amis ou amies.
Dimanche c’était la fête votive à Lauzun. J’en ai guère profité. Nous avions réunion de JAC JACF pour organiser la journée de la terre à Allemans du Drop. J’ai une cordée par ordinaire, un gros sacrifice. Je t’expliquerai ça de vive voix mais j’espère que Dieu le fera retomber en grâce dans la JAC JACF.
Etienne Clavier nous a annoncé les fiançailles officielles d’Albert Labardin avec Anne-Marie Ceyssier du secteur de Seyches. C’est une de mes grandes amies de pension. C’est vraiment une âme d’élite. Elle est bachelière en philosophie. Malgré cela elle est restée à la terre. Je la verrai à Allemans du Drop sans doute. J’en étais toute étonnée tu sais lorsqu’ils nous ont dit cela. C’est un beau foyer en perspective.
Dimanche soir nous ne sommes pas restées à la fête car il fallait se lever à 8 heure lundi pour aller porter le carburant à Yves pour dépiquer. Heureusement nous ne sommes pas des piliers de bal, le sacrifice n’a pas été trop mauvais.
Je constate que vous avez eu de bonnes récoltes de grains. C’est moyen en général. Demain Yves a un gros sol. 76 charrettes de gerbes. Je ne l’ai pas vu depuis lundi. Peut-être il rentrera demain soir. Je ne sais s’il finira la campagne de battage à la fin de l’autre semaine. Il n’aura fait que le plus facile. Les fines graines, il en a pour deux mois ou trois et c’est plus dur que le blé. Pauvre petit, qu’est-ce qu’il prend. La graisse ne lui embarrasse pas.
Ici les champs de tomates sont tous verts. Elles doivent faire grève, elles ne mûrissent pas. Nous, nous n’en avons pas planté mais tous les voisins en ont tous fait. Il y aura sans doute surproduction.
Comme ici au Pin pas de pluie. Je m’aperçois qu’elle gagne.
Je termine car je n’ai plus de place. Tu me raconteras le mariage de ton camarade.
Reçois cher Charles mon affectueux souvenir
Amitié jaciste
Yvette