Vitailles, 20 septembre 1946

Cher Charles

Cette semaine, le temps m’a manqué pour écrire. Aujourd’hui dimanche je me mets au travail.

Mercredi j’ai trouvé ta lettre en rentrant du mariage d’une camarade. Le soir je suis allé au bal, non pas pour danser mais pour revoir des amis de pension. Jeudi soir j’étais encore de sortie. Vendredi soir, Yves m’a fait faire des relevés de compte encore il était tard. Hier soir je n’avais pas envie de veiller et en plus de tout ça, un rhume quelque chose de soigné. La sauce est au complet. Mercredi il faut encore que je chante pour un autre mariage. Je crois qu’on me prend pour un phono. Enfin c’est avec plaisir que je chante pour les messes de mariage de mes camarades.

Cet après-midi, après les vêpres, ma plus proche voisine qui est jaciste m’a appris une grande nouvelle. Elle rentre au couvent cette semaine. Elle est heureuse je t’assure. Elle a vingt deux ans. Sa mère est morte il y a trois ans ce mois d’avril. Depuis elle était dégoûtée de la vie et pensait à la belle vie religieuse. Elle doit venir nous voir cette semaine pour faire ses adieux. Déjà elle m’a invitée à sa prise d’habit le 3 mai l’année prochaine. Je lui ai demandé de bien prier pour moi afin qu’à mon tour je sache prendre la route que Dieu attend de moi. Peut-être moi aussi je partirai mais pour soigner les malades si je pars à la volonté de Dieu. Le champ d’action partout est grand, la moisson est mure, le Maître a besoin de moissonneurs n’importe où que Dieu me place ce sera de ma force que je me dépenserai pour sa cause afin que Dieu règne dans tous les cœurs.

Passons à autre chose. Que faites-vous au Pin ? Ici la pluie semble venir nous rendre visite. Pas trop tôt, il faudrait bien semer. Hier nous avons semé du seigle. Demain je crois que nous allons rentrer les betteraves. Jeudi je crois qu’ils vont écouler le vin. Tous les voisins sont satisfaits, ils en ont plus qu’ils en espéraient. Yves a presque achevé ses battages.

Je ne vois plus grand chose à te dire aussi je termine en t’envoyant mon affectueux souvenir.

En union de prières

Yvette

Je suis fauchée en papier à lettres il ne me reste plus rien que ces deux feuilles détachées.