Vitailles 26 septembre 1946
Cher Charles
Le jour n’est pas des meilleurs pour se mettre à veiller car la nuit dernière a été bien courte. Les lendemains de noces sont toujours un peu durs. Le marchand de sable est généreux.
Mais puisque tu veux une réponse le plus tôt possible, là voila.
Pour ma part, il y a longtemps que je connais tes sentiments à mon égard et toi tu n’as pas su deviner ce que je pensais. C’était peut-être plus difficile car je suis moins expansive que toi.
Pourquoi n’as tu pas deviné ce que je pense de toi ? Parce que premièrement ce n’est pas à la jeune fille à parler franchement la première et deuxièmement je croyais qu’à vingt ans un jeune homme devait encore beaucoup réfléchir avant de promettre son avenir à une jeune fille. J’ai pensé à toi souvent et maintenant tu te trouves en face d’un contour. Ils ne sont pas toujours faciles à prendre. Je saurais t’attendre ! Mais si la jeune fille en face de laquelle tu es placé, te plait davantage, prends là mais n’essaye pas d’en suivre deux car tu ferais fausse route. Maintenant te voila suffisamment éclairé pour aller droit, mais surtout va selon l’élan de ton cœur car c’est ta vie qui en dépendra. Fais pour toi et non pour plaire aux autres.
Ta mère a dû trouver ça louche surtout si tu lui as dit que c’était ta cavalière de noce, elle a dû te demander si tu en faisais une collection. Un bon conseil, ne va pas trop souvent en noce sans quoi tu seras souvent en face de quelques carrefours. Je te dis ça en personne expérimentée mais moi je réagis facilement.
Je termine car il est grand temps de prendre du repos.
Reçois cher ami mon affectueux souvenir
En union de prières
Yvette