Le Pin, 9 octobre 1946,

Chère Yvette,

Il y a un an comme aujourd’hui il y avait surement plus d’animation au Pin ; je me plais à évoquer encore, cette agréable ambiance de ces jours qui précédaient le mariage de Lyly et de Loulou ; Tu étais parmi nous et n’était pas la moins affairée aux préparatifs du grand jour : « 11 octobre 1945 » journée inoubliable qui restera pour moi toujours gravée dans ma mémoire parmi mes plus chers souvenirs de jeunesse.

A l’heure ou tu liras ces lignes, nous serons en ce jour anniversaire et tes pensées vagabondes se joignant peut être aux miennes viendront en quelques minutes faire revivre tous ces instants passes, ces secondes d’émotions vécues lorsque en ce magnifique sacrement deux cœurs qui l’un pour l’autre avaient su se garder, promettaient devant le Divin Maître de fonder ce foyer ou ensemble ils auraient à lutter, ou ensemble ils partageraient les mêmes joies, ou peut être dans de communes peines, dans un même sacrifice, ils auraient à souffrir ; mais qu’importe ! Tout pour eux se muerait en bonheur car en eux s’était épanoui la fleur du véritable amour.

Tu ne pourrais croire, chère Yvette, combien ces pensées, ces vieux souvenirs ont conservé en moi cette même émotion chaque fois que je les évoque, car ce petit cœur qui a si souvent palpité dans ma poitrine promettra, peut-être, lui aussi un jour d’aimer pour toujours et il ne dépendra que de lui de voir poindre les lueurs d’un éternel bonheur.

Passons, je viens également te féliciter et remercier de ta lettre où en quelques phrases poétiques tu retraces si bien ces joies éprouvées au milieu de la nature en ces heures matinales, dans cette fraîcheur des premiers matin d’automne ou ce bonheur de sentir vibrer en toi une âme paysanne viendra toujours bercer tes rêves et tes méditations ; oui chère Yvette, moi aussi j’ai souvent ressenti cette emprunte parfumée s’exhalant de nos champs en ces heures matinales, et pour témoigner mes sentiments à Celui qui nous comble de ses bienfaits, j’aime à fredonner ce bel hymne que tu dois bien connaitre : « Dans le silence du matin ».

Par une heureuse coïncidence le 13 octobre est le seul dimanche que j’ai de libre de ce mois ci et encore il y a quinze jours que je l’ai retenu vraiment. Je dois avoir une belle étoile qui me guide. Donc je pense aller à Lauzun dimanche s’il fait beau (il ne pourrait en être autrement car je ne crois plus à la pluie) je ne peux fixer l’heure de mon arrivée, mais comme tu est bien aimable de m’inviter je serai pour déjeuner, mais je ne pense pas rester le soir.

Reçois cher Yvette mes plus chère pensées, mes meilleurs souhaits de bonne santé.

Union de prière, Charles.