Le Pin 14 octobre 1946,

Bien chère Yvette,

C’est avec du soleil plein le cœur que je quittais Vitailles ce matin ; déjà l’astre du jour montait dans le ciel et inondait la campagne de ses tièdes rayons qui s’efforçaient de réchauffer cette fraîcheur matinale d’octobre.

J’étais sur le chemin du retour, nous restâmes encore quelques instants ensemble jusqu’au bout de l’allée puis je te dis adieu pour m’envoler vers la maison paternelle. J’étais heureux ; dans mon cœur le soleil venait apporter un petit rayon de bonheur et je me sentais des ressorts dans les jambes ; mes pensées s’exhalant vers toi imprégnaient tout mon être, vraiment j’avais passé une agréable journée en ta compagnie ; nous avons pu causer longuement et c’était le cœur léger que j’allais retrouver mon petit pays de labeur et de rêves et dans mon esprit résonnait cette phrase de la première lettre… cette phrase que j’ai souvent médité et admirée : « Vous comme moi, Soldats du Christ, nous vivons d’une vie toujours plus belle, et on ne doit pas avoir le cafard de se séparer, car c’est pour lutter, pour gagner la grande récompense » Oh ! Petite Amie, combien tes paroles étaient justes et sincères, tu étais déjà pour moi cette [dessin d’une étoile] qui venait de poindre dans le ciel de ma vie et qui éclairerait peut-être toute mon existence….

Il était à peine neuf heure et demie quand j’arrivais à la maison ; papa et Jean étaient au travail et je m’engageais immédiatement dans la partie de « basket ball à la citrouille » ; à midi tout était terminé nous en avions transporté cinq charrettes. Après midi, nous avons repris les moissons au Pin, nous avons lié et engrangé deux cents grosses gerbes « de jambes de maïs ». Demain je vais essayer en fendant les sillons d’arracher les souches, dans du terrain bien ameubli je devrais pouvoir labourer en surface, ce sera peut-être dur, mais pour les prochaines semailles, ce sera du bon boulot.

Je termine car il est tard, et comme la nuit dernière à été un peu abrégée par la terrible bataille des oui et des non à laquelle j’étais franchement heureux d’assister, que demain matin il faut que je me lève à cinq heures pour soigner le bétail qui va labourer.

Bien des fois merci à vous tous de Vitailles pour l’excellent accueil que j’ai reçu et mes plus sincères salutations à tout le monde.

Reçois chère Petite Yvette mes plus affectueux souvenirs et mes plus chères pensées, toujours dans une même union spirituelle nous offrirons nos sacrifices et nos prières.

A la grâce de Dieu !

Sincère affection.

Charles.