Vitailles, 10 novembre 1946
Cher Charles
Qu’as-tu pensé hier soir et ce matin sans nous voir, que nous voulions pas venir vous voir. Et bien ! non, j’aurais bien voulu être avec toi aujourd’hui mais hier on a dit il fait trop froid, tu es enrhumée, Yvette a compris ce que voulait dire ces paroles. Et on tue le cochon. Lundi elle a encore mieux compris. J’avais bien un peu mal au cœur mais je t’assure que personne n’a rien compris. Si dimanche prochain il ne fait pas trop froid, peut-être j’irai te pousser une visite à condition que tu sois là.
Ce soir nous sommes un peu bourgeois. C’est de la salle à manger que je t’écris ce matin, en branchant le réchaud électrique. Grand-mère a démoli quelque chose dans l’installation. Aussi nous avons transféré le poste pour avoir le résultat des élections. A Lauzun c’est les communistes qui sont devant. Ensuite les MRP. Puis les socialistes 5%. Puis les radicaux socialistes.
Sur ta dernière lettre, tu me disais lorsque tu viendras sois franche, même si tu dois me faire de la peine. Je puis te dire maintenant que l’esprit saint m’a éclairé. Je puis te dire que c’est un foyer que je fonderai et si tu veux, tu en seras le chef. Et tu auras ton alouette comme tu dis. Tu peux être sûr que maintenant c’est sûr, je ne reviendrai plus sur mes décisions. Je crois que ma camarade qui est rentrée au couvent, à laquelle j’avais demandé de prier pour moi a tenu sa promesse car maintenant il me semble voir plus clair.
Aujourd’hui j’avais un programme assez chargé. Le matin soigner les bêtes de la basse-cour. Ensuite les chambres, répétition de chants pour l’adoration perpétuelle jeudi 14 novembre après midi. Réunion du JACS nous avons causé choses et autres. Il était presque nuit lorsque nous sommes rentrés chez nous.
Je termine pour écouter les résultats des élections.
Reçois cher Charles mon affectueux souvenir
En union de pensées et de prières