Vitailles, 13 décembre 1946
Mon Cher Charlou
Ce soir, je prends mes précautions afin de ne pas être gelée. J’ai mal aux pieds. La chaufferette, grand mère me demandait ce que j’allais faire avec. Mettre mon courrier à jour, lui ai-je répondu. Moi je n’aime pas beaucoup faire lire mes lettres ni celles que je reçois. Le commis qui maintenant fréquente, s’amuse à faire lire ses lettres à grand père, lequel nous retransmet le contenu des lettres et ne passe pas sans critique. Si bien que sur la dernière lettre, la jeune fille avait mis une ou deux fois mon chou ou je ne sais encore quel mot tendre. Ça n’a pas été perdu. Si bien que maintenant, la jeune fille est bien jugée je t’assure, même sans la connaître. Alors moi je ne laisse rien traîner sans quoi mon Charlou se ferait à son tour mal juger.
Tu sais, dimanche dernier, les oreilles ont du te siffler. Car j’étais seule à déjeuner chez papa et ma tante. Voila que papa a ramené la conversation sur toi. Oh! je t’assure. Il ne m’a rien interdit. Fais comme tu voudras. Comme tu auras fait, tu trouveras. Il connait assez bien le coin de Sainte Livrade car pendant toute la guerre, qu’il a faite à Agen, il voyageait souvent en voiture dans ces coins là pour apporter les officiers d’un côté ou de l’autre. Il trouve d’ailleurs la plaine très belle. Il y a dit il une différence entre le terrain de Vitailles et celui de la plaine du Lot.
Tu vois, d’un côté je n’aurai pas de résistance. Mais de l’autre, je ne crois pas le problème ainsi résolu. Lorsque Yves partira au régiment et qu’Yvette prendra le vol, que leur restera-t-il ? Ils ont pourtant presque assez âgés pour prendre la retraite. Surtout en ayant un chez soi où ils pourraient être heureux comme des rois. Grand mère y consentirait mais pas grand père. Enfin, ils feront à leur guise. Ils sont assez grands. Peut-être nous, nous sommes moins réfléchis. Le temps nous apprendra ?
Je constate que tu te promènes tous le temps mais pas toujours en des circonstances bien intéressantes. Ta pauvre grand mère n’a pas de chance. Une jambe cassée, ce n’est rien de bon. Surtout qu’elle doit avoir déjà un certain âge et lorsqu’on est âgé les os cassés ne se remettent guère bien.
Par le fait, la pauvre Lulu va passer maîtresse de maison quelques jours, ce qui n’est pas très intéressant à son âge. Assurer les repas, les bêtes à soigner, le linge de la semaine. Je sais de quel problème on est placé car j’ai eu grand mère malade des mois entiers en hiver, maintenant ce n’est plus pareil. J’ai un peu plus d’initiatives, mais à quinze ans, on ne sait guère par quel bout s’y prendre pour prendre le bon côté.
Il faut proutant que je m’arrête. Une nouvelle. La chienne de Yves vient d’être très malade. A l’occasion je suis passée vétérinaire. Elle commence à aller mieux. Tous ces temps lorsque Yves va à la chasse aux canards, elle n’est pas fructueuse.
Je te quitte mon petit Charlou en t’envoyant mes plus affectueuses pensées. Toujours bien près de toi par la pensée
Ta petite Yvette
PS : ne pas regarder l’orthographe, elle devient de plus en plus belle. J’ai la flemme de prendre le dictionnaire.