Vitailles 7 janvier 1947
Mon cher petit Charlou
Me voici rentrée depuis quelques heures de Toulouse. Je viens de passer une semaine vraiment très agréable. Dommage que Lulu ne soit pas restée plus longtemps pour visiter. Elle n’a pas eu le temps de voir les plus belles choses. Te raconter mon séjour serait bien long. Je viens d’être assaillie de questions, tant en expliquer que maintenant je mélangerais tout. Tout ce que je peux te dire, il parait que je faisais de douze à quinze kilomètres dans ma journée à pied, car si Lulu adore les tramways, moi je les déteste.
Sur mon bureau, j’ai trouvé une foule de petites enveloppes auxquelles il me faut répondre car ma fois, vacances pour moi c’est vacance. Je faisais le marché, la popote, le ménage un point c’est tout. D’ailleurs tu as du t’en apercevoir par la lettre de Lily et Loulou.
Je constate mon petit Charlou que la vie militaire n’est pas un métier extrêmement terrible. Flegmards que vous étiez, cette maladie est accrochée aux murs des casernes et le microbe est indestructible. Roger Arrouy est à Sète en caserne. Il était chez lui pour le nouvel an ?
Vous avez eu la chance d’avoir la messe pour Noël. Et le dimanche, y a t’il une messe à la chapelle du camp ? Papa y a fait des manoeuvres, j’ai d’ailleurs une très grande photo du camps de Souge. IL n’a pas l’air mal.
Je compte que les lettres n’atteignent pas très vite leur destinataire. Sept jours pour venir jusqu’à Lauzun, petite vitesse, grand doucement ?
Ce soir, je suis rentrée avec le commis qui arrive de chez sa fiancée. Mariage éclair ? La première fois qu’ils se voient, fiançailles officieuses. La seconde fois, fixation des fiançailles officielles. La troisième, fiançailles. La quatrième mariage le sept juin, donc cinq mois aujourd’hui jour par jour.
Nous ! nous nous en fichons, nous allons en noce dans la haute Garonne. Nous allons explorer le coin. Nous sommes bien contents tous les deux (avec) Yves. Après, il s’arrangeront comme ils pourront ?
Mais pour mon compte personnel, je ne voudrais pas aller aussi vite pour une question aussi grave. Qu’en penses tu mon Lou ?
Je te quitte pour ce soir car je suis un peu fatiguée du voyage et il est tard ?
A peine as-tu visité la caserne déjà on parle de permission. Vous en avez de la chance de vous la couler de la sorte, la vie militaire.
Adieu mon petit Charlou
Celle qui t’aime
Yvette