Camp de Souge 16.1.47
Ma Chère petite Yvette
Et ce soir c’est aux sons vibrants d’une clarinette que mes pensées s’envolent vers toi; ce petit brin de musique qui vient chatouiller l’oreille apporte dans la baraque une douce atmosphère souriante et dans le coeur de chacun des instants de joie qui viendront essuyer pour tous ceux à qui le temps parait long, une buée de nostalgie.
Aujourd’hui c’est sûrement pour moi une bonne journée, en plus de tous les instants qui m’ont été favorables une gentille lettre de ma petite Yvette est venue m’offrir la douce pensée de « mon amour »;
Si pour moi les jours de succèdent ainsi, j’aurais tort de me plaindre; après midi nous étions désignés pour la décoration intérieure de notre chambre et comme nous étions trop nombreux, notre chef de pièce m’avait chargé d’aller ramasser de la bruyère pour faire un balai en dehors du camps; ce qui fait que toute l’après midi j’ai folâtré dans les pins. Quand j’ai eu suffisamment de bruyère, j’ai pu m’asseoir sur le tapis de mousse et dans la tiédeur de l’après midi imprégnée du suave parfum des landes, je laissais voguer mon esprit vers tous ceux qui m’étaient chers, évoquant ainsi d’inoubliables souvenirs.
Oh! chère Petite Yvette, j’avais ta lettre et tout spécialement je songeais à ce dimanche 15 octobre et surtout au 14…. Nous avions passé certes une bonne après midi et ta compagnie m’était des plus agréables. Le soir nous avions veillé ensemble mais lorsque seul dans la chambre de la chapelle je réunissais tous les instants de cette journée et je ne sais pourquoi mes yeux malgré moi se mouillaient. Oh ! Yvette chérie, si hélas trop apparemment j’avais montré mes sentiments à ton égard, un doute immense persistait en moi et se transformait en certitude : j’avais été fous de penser à ton amour. Je ne serais toujours pour toi qu’un ami indifférent car dans ton coeur j’ n’avais pas de place et je ne pourrais y accéder Là sur le mur, le grand Christ semblait prendre part à ma peine et je priais longtemps « que votre volonté soit faite ». Le lendemain matin j’allais en me levant à la chapelle et là je promettais : si d’ici tes vingt ans je n’avais une attitude décisive, de renoncer pour toujours à ton amour. Puis j’écrivais ces quelques lignes ou parè avoir traduit mes sentiments pour toi petite étoile de mon coeur, je laissais apparaitre le doute de ton amour.
Mais hélas de quel feu s’éteindra la flamme ?
Tant de bonheur aura-t-il un lendemain ?
Que me réservera le dictat de mon âme ?
Qui voilera toujours l’ombre de mon destin ?
Le destin est venue tracer sa route et tu ne pourrais croire avec quelle émotion je lisais : je fonderai un foyer dont si tu veux tu seras le chef et je serai ton alouette…
Oh ! Petite Yvette Chérie, j’avais pensé garder le secret de tous ces instants vécus; mais ce soir je viens te faire participer à mes souvenirs les plus chers car pourquoi les cacher, n’est-ce pas une des preuves les lus évidentes de cette formidable force spirituelle et de l’affection que j’ai pour toi.
J’avais rêvé d’un bel amour que je vivrais avec cette petite âme soeur qui me comprendrait et si un jour qui sera pour moi le plus beau de ma vie, se réalise mon rêve, je serai un infâme et un lâche si j’oublie celui qui aura voulu mon bonheur et qui dans le firmament de nos jours aura réuni nos Etoiles.
Je termine, j’ai une heure de travail à fournir de trois à quatre heures car à tour de rôle nous devons travailler toute la nuit, demain 2eme piquyre
Ton petit Charlou qui t’aime
L’autre nuit, alerte à minuit. Habillés à vitesse. Dix km au pas de cours : ça réveille.