Vitailles, 9 février 1947

Mon cher petit Lou

Crois tu que j’aurai assez de patience pour t’écrire tous les deux jours ? Une fois en passant, ça passe, mais toutes les semaines, n’y compte pas. Tu serais déçu. D’ici peu à la fin de la semaine, j’écrirais puisque je serais en vacances pour te dire mes impressions sur la vie au couvent. Oh ! Tu sais mon Lou, je ne crois pas y rester car j’aime trop ma liberté. Dire que pourtant je suis resté deux ans et demi avec cette idée, je ne me reconnais pas, moi si individualiste ! J’aime trop mon petit Lou pour l’oublier, ce serait autre chose.

Aujourd’hui nous avions réunion jaciste. C’était une réunion de masse donc rien que des jeunes de quinze à 16 ans. Nous avions quatre militantes, je t’assure que nous ne nous sommes pas ennuyés. J’ai du faire la poire pour tous les yeux où il y avait quelque chose d’extraordinaire à accomplir, c’était Yvette qui était désignée. Nous avons chanté comme des folles, j’ai pensé à toi en mangeant les crêpes, j’ai faille m’étouffer. En trouvant deux ou trois mètres de ficelle, ça m’est paru inutile de le dire. Que ne ferait-on pas pour essayer de conquérir les âmes au Christ. Elles auraient l’air contentes puisqu’elles nous ont demandé à quand la prochaine réunion.

Quel bonheur d’être chrétien. Là auprès de Jésus où dans la vraie joie de vivre. Puis notre vie a un but bien déterminé : l’apostolat, être partout et toujours au service du prochain pour la cause du Maître. Peut-on être plus ambitieuse ? Toutes les poches se sont vidées tant en chansons qu’en devinettes et en charades.

Cette semaine nous allons voir du pays inconnu pour nous. Tu n’auras pas besoin de répondre car je ne recevrai pas ta lettre, nous rentrerons mardi ou mercredi prochain.

Hier soir, j’ai vu sur le courrier français que ce mois d’avril il y avait un grand pèlerinage jaciste à Lourdes mais je n’ai pas envie d’y aller. Grand-mère ne s’y opposerait pas mais ça ne me dit rien cette année.

Yves, papa, et ma tante sont à Castelsarrasin. Ils ont eu une bonne journée pour aller se promener, ils devaient aller voir des batteuses pour en acheter une. Il était content je t’assure Yves.

Je vais te quitter mon petit Lou chéri en t’envoyant mes affectueuses pensées.

Ta petite Yvette qui t’aime.

Je t’envoie des devinettes, tu réfléchiras bien, si tu ne trouves pas demande de l’aide ensuite je te transmettrai les réponses sur une autre lettre.

1er quelle différence y a-t-il entre un aviateur, une couturière, un soldat et un voleur ?

2eme quelle différence y a-t-il entre une couturière, un armurier et un bijoutier ?

3eme quelle différence y a-t-il entre un garçon de café, un voleur un grain de blé et la politique ?

4eme quelle ressemblance y a-t-il entre une institutrice et une lingère ?

5eme quand donc un cultivateur pense-t-il le plus avantageusement à lui ?

Se bien creuser les méninges, mais cependant, pas de méningite !