Le Pin
Le 5 mars 1947
Ma petite Yvette chérie,
Et me voici en perme. Hier soir, il était près de dix heures quand je retrouvais mon petit pays avec, même dans la nuit, toujours son parfum d’antan et sa même sérénité et je goûtais ce bonheur de retrouver, dans un instant de surprise, toute la famille. Je t’assure, ils ne s’y attendait pas.
Aujourd’hui, je vais descendre à Ste Livrade, faire signer à la gendarmerie, ma perm de dix jours et ensuite, j’irai rejoindre Jean dans ses occupations, ce sera si différent avec le maniement d’armes ou l’instruction tactique et là au moins, je pourrai causer à n’importe qui, sans avoir besoin de me mettre au garde à vous.
Dans ma série de petits bonheurs qui m’a vu de me rapprocher de ma petite Alouette, je laisse s’envoler mes pensées vers Lauzun que je vais essayer de retrouver au milieu de ces décors qui te sont si familiers et que je vais essayer de découvrir dans une aurore de printemps.
Donc s’il n’y a pas de choses inattendues, je pense aller vous rejoindre samedi soir. Tu me pardonneras de m’inviter si franchement et d’avoir fixé ma visite moi-même, tu sais « entre nous », je n’aime pas ceux qui se font prier surtout, et lorsque le coeur t’en dira, pour t’envoler vers Le Pin, tu seras toujours la bienvenue.
Je termine. Adieu ma petite Yvette chérie et si le Bon Dieu veut, à bientôt.
Toujours les plus douces pensées de ton Charlou qui t’aime
Charles
PS: j’oubliais, dans le cas où tu ne serai pas libre, ce qui peut arriver, avertis-moi par message ou fixe-moi un autre jour