Camp de Souge,
21 mars 1947,
Ma petite Yvette Chérie,
Oh! Tu sais petite Chérie, si tu crains que je sois surchargé de lettres, ne crois pas que les tiennes puissent m’embarrasser: je suis si heureux de découvrir paris mon courrier l’écriture de ma petite Yvette et pour toi, je trouverai toujours un instant pour t’apporter sur quelques lignes mes pensées et tous mes sentiments.
Le soir, avant de m’endormir, je laisse errer mon regard vers cette jolie photo qui dans toute sa splendeur pour moi, vient bercer mes souvenirs et exhaler ma plus chère espérance; longtemps avant que le sommeil m’emporte au pays des rêves, je médite sur le bonheur qui peut exister dans un amour sincère; et aux réflexions stupides de mes camarades, l’énorme erreur qu’ils ne veulent concevoir et qui fera plus tard leur malheur, du moins qui les éloignera du vrai bonheur.
Je t’avais peut-être dit, Chérie, que j’écrivais les lettres d’un camarade illettré, le pauvre garçon d’un physique assez séduisant a tant flirté dans ses beaux jours qu’il a fini par y avoir « accident » et étant son secrétaire, je vois clair dans sa correspondance; de toutes mes forces, tu sais, j’essaie de la faire comprendre; je t’assure qu’il est bien gosse; les lettres de sa future sont pourtant suffisamment expansives: une jeune fille, peut-être trop hardie, qui elle aussi aspirait aux ‘bonheurs des romans’. Puis un jour, elle a aimé le beau garçon et vaincue, elle a cédé. Les roses ne durent qu’un temps! Un jour avec stupeur, elle a constaté que les jours étaient compté, elle serait mère; oh! jeune fille de dix-huit ans, hélas ton bonheur a pour toujours disparu. Quel sera dans quelques jours, l’époux, dans trois ou quatre mois, le père? Oh! Yvette chérie, quelle triste conception de l’amour; il ya peut-être du remord, mais les regrets ne sont-ils pas superflus? Quel sera ce mariage? Tu ne peux pas croire comme ça me peine de l’entendre causer ce futur mari. oh, elle, la faute l’a drôlement mûri et sûrement ce petit être qui viendra bientôt a déjà éveillé ses craintes; elle a hâte aussi de se marier et c’est elle qui se débrouille le plus pour les papiers car lui n’est pas pressé et je t’assure ne s’en fait pas. Un exemple parmi tant d’autres! Oh chérie! Si un jour le Bon Dieu veut qu’ensemble nous unissions nos vies dans ce ciment d’amour en fondant ce foyer dont nous rêvons avec quelle reconnaissance, nous louerons ceux qui auront voulu notre bonheur en nous éloignant du mal.
Aujourd’hui, nous n’avons pas quitté un instant les transmissions, demain, les grandes manoeuvres de tir et comme par hasard, je suis nommé chef radio sur l’half-track du lieutenant de tir; nous sommes quatre chef radio répartis avec les lieutenants ou le capitaine et chacun la direction de son poste. Attention! Les petits noms d’oiseau, je t’assure, ils ne sont pas toujours sympathiques. Je suis un peu intimidé par ma nouvelle fonction surtout que mon lieutenant est la plus belle vache du régiment mais j’essaierai de bien m’en sortir.
La semaine prochaine, manoeuvre sur les chars et les radios à leur poste. Si tu n’étais pas si loin, car nos antennes émettrice ne portent guère plus de 90km, en cherchant sur la bande de 20 à 27,9 mégacycles, tu pourrais peut-être nous entendre lancer nos messages. En tous cas, si tu ne m’entends pas, sois toujours certaine que je capte toujours tes plus chères pensées.
Dis donc (?), allons quand tu auras fini de railler mes galons, je t’ai dit et je te répète; je n’en veux pas; d’ailleurs si j’ai préféré le peloton spécialiste au peloton élève gradé c’est parce que dans une spécialité j’arriverai à agrandir mes connaissances intellectuelles et pour le galon de brigadier, ça n’en vaut pas la peine, il vaut bien mieux la distinction de 1er canoniser. Oh! Tu sais je suis ambitieux, les galons me sont indifférents, j’ai rêvé d’une petite Etoile et peut-être je l’aurai pour toujours; mais ‘manque de pots’, général de brigade, il en faut deux. en tous cas pour le moment, restons 2ème conscrit.
J’avais oublié de te dire toutes les imprévues de mon retour de perme; j’ai rencontré en arrivant à Bordeaux, un gars du 68, c’était le samedi soir et comme nous étions seuls, nous avions décidé de resté ensemble pour la nuit; te dire ma stupéfaction quand il m’a dit qu’il était de Lauzun…… Je tombais en terrain ami surtout quand il m’a dit qu’il te connaissait et habitait à 1km de vitales. C’est Monsieur Andreu Lucien, habitant à Papailles. Le connaitrais-tu des fois? En tous cas, il m’a dit qu’à sa prochaine perme, il t’apporterait de mes nouvelles. Tu sais maintenant c’est un chic copain, lui aussi est élève graphiste.
Notre prochain départ pour Périgueux est de plus en plus évident à moins que nous ne rejoignons le régiment de transmissions à Limoges. Le capitaine, lui, reste à Souge avec les cadres et notre départ vers la fin du mois est de plus en plus officieux. Pour ma part, j’aimerais autant être à Périgueux. La ligne Périgueux-Agen, direct, je m’arrête à Penne, le car me porte à Villeneuve, là je suis arrivé; aussi une autre perspective: pour une permission de 24 ou 36h, je prends le car de Bergerac puis celui de Marmande et m’arrêtant à la station de Saint Aubin de Lauzun, je viens retrouver ma petite Yvette chérie. De toutes façons, je ne m’éloigne pas.
Je vais te quitter pour ce soir Chérie, nous avons eu en tant que chef radio, des instructions supplémentaires ce soir après la soupe et nous avons en consigne deux antennes, deux micros, deux casques écouteur et tout le matériel. Demain grand jour, réveil à 5h1/2 et à 7h, tous les véhicules, half-track, Jeep, automoteur, Chermans de 70 tonnes, en route vers le champs de tir. Et attention.
Reçois toujours ma chère petite (?) les plus affectueuses pensées de ton Charlou qui t’aime et ses plus doux baisers.
Loin des yeux, tout près du coeur
Lou