Vitailles, 24 mars 1947
Mon petit Lou chéri
Hier soir j’ai dû laisser la correspondance de côté car je m’endormais à table; les jours sont longs et ce vent est terrible.
Je suis vernie chaque fois que j’ai une lettre de mon Lou; quelqu’un va à Lauzun le matin, je l’ai une demi-journée plus tôt, heureuse coïncidence pour moi. Tu sais, lorsque je vois que tel jour tu reçois une lettre de ta petite Mie, je suis presque aussi contente que si moi-même j’en recevais une de toi car c’est pour Mon Lou chéri un petit rayon de soleil qui vient briller sur le coeur de celui que j’aime.
Dis donc Lou, il n’a pas l’air bien pressé ton camarade pour se marier afin d’essayer de réparer un peu sa faute; pour lui elle n’est pas bien lourder mais pour la jeune fille, c’est autre chose, maintenant sa vie est brisée. C’est égal il faut qu’elle ne soit pas difficile pour vouloir un garçon qui ne sait même pas rédiger une lettre quand même, voit-elle émaillée de fautes mais au moins savoir un peu écrire au temps que nous sommes, c’est assez rare de trouver quelqu’un de complètement illettré. Deuxièmement pas sérieuse c’est pour compléter la sauce sauce sans doute, il faut croire que la jeune fille ne l’était pas trop non plus pour se laisser glisser aussi facilement vers le mal. Pour ma part, tu sais, tu aurais pu être tant et plus beau physiquement que je ne t’aurais pas voulu si tu avais été illettré et en plus pas sérieux. Oh tu vois je sais bien que je suis loin d’être une lumière mais quand même je vais m’expliquer assez lisiblement; et puis je voulais que celui qui serait plus tard mon compagnon de vie ait les mêmes idées que moi; ce doit être tellement ennuyeux de ne pouvoir discuter ensemble des questions qui préoccupent si souvent.
Dimanche nous avons eu la première messe dans l’église de Lauzun de l’abbé Boissomot. Pour une fois il y avait beaucoup de monde à la messe. Il a prononcé un serment, comme nous n’avons pas souvent l’occasion d’en entendre de semblables à Lauzun, on aurait entendu tomber un épingle. Quel honneur pour une mère voir monter son fils à l’autel et recevoir de lui le corps de M. Seigneur.
Vendredi dernier je recevais une lettre d’Etienne Clavier par l’intermédiaire de M. Pouliquen ainsi que la camarade que je t’avais montrée le soir du théâtre, nous demandant de jouer dans une pièce mixte. Inutile de dire que nous avons refusé, étant que Monseigneur l’a défendu dans le mandement de Carême. Là j’ai appris à connaître un peu M Clavier. Oh ciel ! quel garçon, je plains Madeleine, quand il a quelque chose dans la tête, il ne l’a pas aux talons, je t’assure. Quand tu voudras écrire en morse, tu mettras la traduction par dessous autrement je ne pourrai répondre, j’y comprends rien et le temps de l’apprendre, j’ai la tête dure pour apprendre.
Tu pourrais t’ennuyer d’attendre et moi aussi peut-être, alors il vaut mieux que tu te serves de l’alphabet pour composer les mots mon petit Lou chéri. Je te quitte pour aujourd’hui mon Lou chéri. De celle qui t’aime, reçois les tendres baisers.
Ta petite Mie