Camp de Soude, le 31 mars 1947
Ma petite Mie chérie,
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Vers le dénouement à Souge. Demain, jour H, et la batterie d’instruction du 2ème 46 aura vécu. Aujourd’hui nous avons eu un rassemblement suprême et l’au revoir du capitaine. Avant qu’à l’horizon, l’aube n’est apparue, la colonne des artilleurs aura quitté le camp: départ à quatre heures demain.
à la lecture de ce paragraphe, tu vas sûrement penser, petite Mie que le petit Charlou t’envoie ses plus douces pensées de Périgueux. à tou il y a exception; et le canonnier Pontreau va encore être des exceptés ! Que veux-tu Mie, pour vivre heureux, il faut vivre caché! Je me suis bien dissimulé mais après les manoeuvres au canon, le radio Pontreau était bien connu; quatre transmissionnistes ont été gardés pour attendre (?)d’avoir (?) mon temps à Souge.
Tu sais, c’était avec un brun d’espoir que je voyais se rapprocher notre fugue de Souge quand la nouvelle plus ou moins officieuse nous appris qu’une minorité restait au camp ont trois ou quatre graphistes, là il n’y avait pas de doute, s’il restait des transmissions, j’étais sur la liste, le brigadier chef graphiste avait trop d’égard pour moi pour me laisser partir. Autour de notre cher capitaine, le cercle s’est resserré, une trentaine seulement reste pour les organes du camp et jusqu’à maintenant nous étions en batterie d’instruction, maintenant nous serons définitivement de la 3ème batterie (?)
Laissons de côté le bien-être que peut avoir un soldat en caserne dans un grand centre puisque le hasard veut que je reste ici; je ne regarderai que les avantages de la prolongation de mon séjour dans les Landes; et moi qui aspirait à mon départ de ce coin désert, je m’exclamais » tant mieux » quand j’appris ma fixation; oui en ville, il a d’abord trop d’occasions mauvaises et même si je n’avais pas peur d’en être victime, ici, je dépenserai moins et j’aurais moins à lutter; deuxièmement en plus de l’air vivifiant des pins que je conserve (?) cadres qui restent, je suis entouré de bienveillance. Hier quand j’ai demandé une perte pour Bordeaux, tous les avis tant du chef de section que de groupe étaient favorables. J’ai passé une bonne après-midi, j’ai eu le bonheur de retrouver une camarade; Oh tu sais petite Yvette chérie, depuis un moment j’ai une de ces chances, je me demande parfois si ce n’est la contre partie d’un avenir de déveine.
Passons. C’est avec une immense joie que ta gentille missive est venue me rejoindre ce midi. Elles sont toujours si bien écrites ces lettres de ma petite Mie chérie; chaque mot, chaque expression est si bien de toi et comme je t’avais deviné; chaque jour mieux je te découvre. c’est bien toi, toi que j’aime. Oh! Mie chérie, c’est encore de toi que m’arrive des nouvelles toutes fraîches, certaines c’est avec un brun d’émotion que je les apprends et dans mes pensées, une phrase que j’ai lue et entendu commenté résonne plus profondément: « peut-être un jour tu seras père; c’est grave tu sais ». Cette phrase fut un jour à une session approfondie par un militant jaciste, chef de secteur alors qu’encore il n’était que fiancé. Oh! Vraiment quelle merveilleuse conception de la vie dans l’amour. Puis un jour il fut époux; mais tant de bonheur aspiré n’est-il parfois irréalisable: quand enfin Dieu lui donna un fils, il savait que ça pouvait coûter (?) jusqu’à maturité (?) pur amour. Mais hélas, cinq fausses couches avaient précédées et il désespérait d’avoir un jour un enfant. Je serai près de toi, Chérie, cette question suscitera beaucoup d’échanges de pensée.
Hélas petite Chérie, les hommes auront beau avoir l’orgueil d’être des procréateurs, ils devront d’abord se soumettre à la volonté divine; même si un jour dans un suprême bonheur, nos deux vies ne font plus que ce bloc d’amour que nous rêvons, il ne faudra pas oublier que dans la joie peut naître de la peine, mais si l’un et l’autre à l’unisson, nous savons accueillir ces nouveaux sacrifices, quelle intarissable source de grâce pleuvra toujours sur notre amour; nos souffrances seront différentes mais enveloppés d’une mutuelle compréhension, la souffrance de l’un sera aussi celle de l’autre. Mon coeur est si heureux quand je vois un rayon de bonheur dans tes yeux que l’aurore d’une souffrance pour toi viendra aussitôt en lui l’ombre de ta peine. Oui Chérie, ce ne sera pas un et un; mais deux demis qui ne feront qu’un, ensemble nous auront rêvé d’un bel idéal ensemble, nous goûterons les joies d’un magnifique amour, fidèles paysans se meurent de joie et de vrai bonheur ensemble encore nous participerons aux moissons dans la maison du père.
De ton Lou qui t’aime reçois ma Mie bien aimée, mes doux baisers
Charles
Peut-être ?
à très bientôt Mie, nous aurons maintenant une 48 au moins par mois et Pâques est proche mais je ne saurai ma permission que deux heures avant le départ