Camp de Souge Pâques, 1947

6 avril

Ma chère petite Mie,

C’est avec un peu mal au coeur, en ce splendide après-midi de Pâques que je songe aux doux instants que je passerais auprès de ma petite chérie; pour toi aussi qui aura peut-être toute la matinée espéré ma visite, tu as sans doute ressenti un brin de langueur, en voyant décliner un aussi beau jour loin de ton petit Lou.

Oh! Chérie ce matin, dans la chapelle du camp où ce célébrait cette plus belle fête de l’église, mes pensées imprégnées de cette atmosphère spirituelle ne cessaient de s’envoler vers toi. Je voyais ma petite Yvette, toute heureuse en ce jour pascal offrir, elle aussi, en la sainte communion tout son amour, tous les sacrifices de son petit coeur qui aime. Comme j’aurais voulu qu’en ce jour de paix pour tant d’âmes, te serrer contre ma poitrine et laisser parler ton mon coeur.

Hélas! ce n’est pas de maintenant que je ne suis mon maître; déception, ce n’est pas la première et sûrement je suis trop jeune pour que ce soit la dernière; que veux-tu Mie, quand on est pas satisfait, on se console en cherchant l’avantage de ce que l’on possède et si un jour de Pâques vécu tout près l’un de l’autre ne se trouvera avant l’an prochain, nous auront la chance de nous retrouver avant. Vois-tu chérie, à l’heure où tu liras cette missive, tout l’immense bonheur de ces instants que nous aurions passé près l’un de l’autre enveloppés de passé aurait rejoint le pays du souvenir et un bon laps de temps dissimulerait encore notre prochaine rencontre, tandis qu’encore je pense bien être auprès de toi un de ces dimanches; (Notre Seigneur a dit « frappez et on vous ouvrira »), n’oublie pas je vais leur rafraichir la mémoire et je pose des perles toutes les semaines jusqu’à ce que j’ai satisfaction.

Tu te représentes: de toute la batterie, il y a eu quatre permissionnaires pour aujourd’hui, quand nous sommes de grand jour, tout le personnel qui demeure est occupé; samedi, j’étais toute la journée garde au camp des PGA et pendant la nuit, sentinelle au poste de garde de la batterie. Oh! tu sais Mie, pendant mes heures de faction, par un clair de lune splendide, seul dans la nuit, à mon poste comme il fait bon méditer et malgré les cent kilomètres qui nous séparent, tu es tout près de moi et toutes mes pensées sont pour toi.

Ainsi, petite Mie chérie, j’ignore quand sera notre prochaine rencontre; dimanche prochain, je crois qu’il n’y aura aucune perte; samedi nous allons toute la batterie en camion à une prise d’arme à Périgueux. Je ne pense être libre dimanche, peut-être le dimanche après? Le plus embêtant c’est que je ne pourrai te renseigner à l’avance de crainte de me tromper; une surprise a bien, elle aussi, ses instants de joie; je comprends bien l’émotion que tu peux avoir; mais j’espère qu’elle ne sera pas trop forte.

Après midi, je ne savais que faire, j’ai relu notre vieille correspondance et j’ai classé par rang d’âge, toutes tes lettres, la prochaine que je recevrai de toi sera la soixantième. Oh! tu sais Mie, je les garde en souvenir et si tu veux Chérie pour faire revivre notre camaraderie d’antan, nous pourrons les confronter avec celles que je t’envoyais si du moins il t’en reste; tu verras il y a de quoi passer d’agréables moments et je suis sûr, tu riras plus d’une fois. Franchement, tu sais Mie, ton caractère est bien traduit sur tes missives; à chaque lettre que je recevais j’appréciais cette psychologie; et justement parce que je t’étais indifférent, il m’étais très facile de te bien jugé et chaque nouveau trait que je découvrais rythmait de mieux en mieux avec mon idéal et mes rêves; oui dans cette sereine expression de ton regard, je découvrais cette franchise, cette flamme de tes prunelles (on dit oui ou non mais jamais peut-être).

Je serais près de toi, nous développerions encore longtemps ces pensées comme tant d’autres et sûrement Mie ce ne serait pas pour ôter du charme à nos conversations, nos pensées sont tellement soeurs; enfin j’espère bien que ce sera avant longtemps et c’est avec ce bel espoir qu’en ce déclin de Pâques après un sourire des premiers beaux jours du printemps, je viens encore te dire à Bientôt Chérie.

Reçois, O toi Ma petite Mie bien aimée tout l’élan de mon coeur qui ne se lassera de te répéter ces paroles: « qu’importe pour moi l’heure ou la distance, je n’ai qu’un amour c’est toi »

Les plus doux baisers de ton petit Lou qui t’aime

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PS: ci joint Mie , l’alphabet morse, si des fois tu veux traduire ou écrire, ça te sera plus facile