Vitailles, 10 avril 1947

Mon petit Lou chéri

Enfin aujourd’hui jeudi une lettre de mon petit Lou chéri, sans doute toi aussi tu as dû attendre avec un peu d’impatience des nouvelles de ta petite Mie surtout si ma lettre met autant de temps que la tienne. Dimanche je n’ai pas eu trop de temps libre pour mes petits voisins qui sont un peu (?) Lundi beaucoup trop fatiguée puis ensuite j’avais résolu d’écrire lorsque j’aurais un lettre de mon Lou mai j’avais trop envie de passer quelques instants avec mon petit Lou chéri. Tu ne peux pas croire comme je suis heureuse que tu ne sois pas venu pour Pâques ! Tu vas dire et bien elle y va fort; mon Lou mais lorsque tu es là je pense tellement que les jours qui suivront ne se ressembleront pas que j’aime bien vivre ces jours qui précèdent une permission. Oh! Je t’assure si tu me voyais, tu pourrais être certain que c’est vrai. On ne me voit pas souvent triste, le cafard a peur de se perdre dans mes poches.

Ce soir Maurice est rentré de chez sa fiancée mais je t’assure, malgré qu’il soit à quelques semaines de son mariage, il n’a pas la joie de vivre que moi j’ai. Ces jours lui paraissent interminables. Il ne chante plus. Oh! Que c’est sot, ils ne comprendront donc jamais pourquoi les sacrifices, pourquoi les accepter avec joie.

Quel bonheur d’être chrétien Lou, de savoir prendre sa croix et courageuse comme jadis M.S.J. Christ. Monter le calvaire de la vie plus ou moins parsemé d’épines.

Mon Lou, nous sommes revenus du mariage de Maurice. Nous lui avions promis que s’il ne la ramenait pas en revenant, nous n’y allions pas. Ce qui a été dit sera fait, tant pis pour lui ou alors il l’a perdue en chemin, c’est grave ! En lisant ça, tu vas dire elle s’amuse ! J’en ai bien le droit, n’est-ce pas mon petit Lou chéri.

Tu me dis que tu as gardé mes lettres, que tu es as classée. Tu gardes là, rien de bien intéressant, moi j’ai toutes les tiennes, cet hiver quand j’avais assez travaillé, j’en relisais quelques unes, mais elles ne sont pas classées. Quand tu viendras, si tu as le temps de les classer, elles sont beaucoup plus intéressantes que les miennes mais tu sais, c’est bien mon caractère qui s’y trouvait. Pourquoi le cacher ? C’est trop bête, au moins si Dieu permet un jour que nos deux vies soient unies, tu ne pourras pas dire « c’est égal, je ne la croyais pas ainsi ». Tu seras moins déçu que si tu avais cru avoir découvert une perfection.

Je vais te quitter mon petit Lou chéri en attendant la joie d’être l’un près de l’autre.

Reçois de ta petite Yvette qui t’aime de tout son coeur, ses plus doux baisers

Ta petite Mie

Tu peux venir n’importe quel dimanche mais viens le matin car tu risquerais de ne pas me trouver à la maison, le matin j’y suis toujours.

A bientôt

Toujours  du soleil plein le coeur mon petit Lou chéri.