Camp de Souge, 11 avril 1947

Ma chère petite Mie,

Je me demande si avant l’arrivée du 1er continent 47, nous auront des permes; chaque semaine qui passe vient diminuer notre espoir et je t’assure, mi chérie, je ne voudrais pas arriver à l’improviste chez toi et pourtant il m’est impossible de connaître ma perte un jour avant le départ.

Demain prise d’armes à Périgueux, je suis sur la liste des représentants de la 3ème batterie; nous quittons Souge en camion demain matin à cinq heures et le retour est dans l’après-midi; de ce fait, presque tout aujourd’hui à part les exercices de défilé, nous n’avons presque rien fait, nous avions quartier libre pour astiquer notre costume; dans cette monotonie des jours, j’espère bien que ce voyage à Périgueux apportera un peu de changement.

Oh! tu sais petite Mie, le jour que j’aurai dans mes mains la permission de revoir mon petit amour, je serai bien le plus heureux des soldats.

Oh! si toi tu as eu de la peine de voir s’envoler ta petite espérance sans pouvoir la vivre, je t’assure que pour moi aussi, il y avait du sacrifice et j’ai senti mon petit coeur se serrer quand, alors qu’à cinq heures l’après-midi de cette veille de Pâques, nous avions encore un petit espoir de partir, j’appris que j’étais désigné pour la garde de nuit.

Quand te reverrais-je? J’avais reposé encore une perte cette semaine, elle est refusée à cause de la prise d’armes. J’en repose une la semaine prochaine, sur celle-là, je n’y compte pas et en plus, nous n’avons droit qu’à une perte de 24h à la fois, aussi petite Mie, je crois que je ne pourrai aller à Ste Livrade et Lauzun par la même occasion, je t’assure ça m’embêterait  de vous déranger à une heure impossible le samedi soir à l’improviste; pourtant si j’arrive à 10 heures du soir au Pin, je ne crois guère possible d’aller à Lauzun et d’être de retour pour prendre le car à 4h l’après-midi le lendemain. Si je pouvais vous avertir par message depuis Bordeaux, à ma prochaine perte, ce serait peut-être bien  à Marmande que je descendrai et je garderai le retour au Pin pour la suivante. Quand dis-tu Mie?

Si du moins petite Chérie, tu n’avais pas ton Lou pour ces jours de Pâques, je suis très heureux que tu aies passé tout de même de bons moments. Oh! je sais bien, pour l’avoir si bien ressenti moi-même; même ces instants de joie ne sauraient équivaloir à une minute vécue tout près de l’être qu’on aime, oh! petite Mie, si souvent ici, je suis des premiers à mettre de l’ambiance; tout au fond de mon être, il reste un petit coin qui lui ne participe pas à ma jovialité mais continue de rester taciturne ( c’est mon petit coeur à qui manque sa petite Mie).

Peut-être qu’un de ces dimanches, au milieu de ces splendides décors fleuris du printemps revenu, il vivra des heures inoubliables et c’est dans cet espoir que ce soir encore, vers toi chérie, s’envolent mes douces pensées.

Adieu petite Mie, si ce soir mon petit coeur te chérit encore avant que je m’endorme. Demain de Périgueux, il t’enverra ses plus tendres baisers.

Ton petit Lou

PS: Dis petite Mie, où as-tu vu que j’étais 1er jus ? J’ai peut-être fait une erreur en écrivant, à moins que l’erreur ne soit à la lecture, en tous cas je n’ai pas plus de distinctions que de grade et pour ça, il faut six mois de service; pour ne pas te tromper, mets simplement canonnier. 1er canonnier, pas encore, je ne l’aurais d’ailleurs pas mérité, tu ne crois pas Mie? Mes plus doux baisers.

Lou