Camp de Souge, le 29 avril 1947,

Ma Petite Mie chérie,

Au camp, tu sais les jours se suivent mais ne se ressemblent pas et ces derniers instants qui précèdent notre départ sont parfois très bizarre et différents.

Vendredi soir « alerte au feu », une équipe a été aussitôt désignée pour combattre au coude à coude avec les autres régiments du sud ouest ce terrible fléau des Landes ‘l’incendie de foret’ le hasard a voulu que j’échappe encore à la liste du Piquet et que je reste avec les dix désignés pour garder le camp; mais je t’assure Chérie, si je n’étais exposé à l’ardeur des flammes, j’ai su ce que c’était que monter la garde mais ma place était meilleure que celle de ces vaillants qui depuis 4 nuits sans repos luttent contre l’incendie; aux dernières nouvelles, le feu est à peu près circonscrit mais il faut encore veiller à ses sursauts; hier la relève a eu lieu mais seulement pour cinq ou six indispensable aux grandes manoeuvres d’aujourd’hui.

Ce matin, les pelotons de pièces sont arrivés de Périgueux et je te promets que ce soir, il y a de l’animation dans la pièce, (cette) après-midi la colonne infernale des blindés s’est élancé vers les terrains d’exercices dans un nuage de poussière et avec un vombrissement égal et semblable à celui d’une escadre aérienne de forteresse volante; j’étais toujours à mon poste mais comme cet après-midi, la batterie était placée près de l’observatoire, les transmissions furent effectuées par téléphone et j’ai été désigné téléphoniste au poste de commandement, tu penses Mie, si je monte, (en haut d’un observatoire) et avec ça cinq capitaines et deux commandants comme compagnons d’étages; le pauvre canonnier était presque intimidé avec toutes ces huiles; si j’ai pu en passer des commandements dans mon micro!; et puis tu sais Mie, une erreur d’un chiffre seulement peut coûter cher et il faut bien articuler; (pour cet) après-midi, je m’en suis très bien sorti mais à un moment où j’avais le malheur de passer un commandement trop vite, un commandant s’est retourné: -« Vous voulez que je vous foute une claque ». Tu sais, je ne sais pas comment j’ai fait pour ne pas éclater de rire ( ça me rappelait le temps où je faisais encore pipi aux culottes), il est vrai que dans l’armée, l’autorité doit être paternelle mais par contre, il y a un pauvre capitaine qui a reçu un de ces sermons du commandant comme je n’en ai pas encore reçu dans l’armée; ce n’est pas étonnant si ensuite, ces officiers se vengent sur leurs subordonnés et alors c’est le trouphion qui encaisse.

Ma petite Mie, tu dois sûrement rire de mon bavardage. Oh tu sais, je serai près de toi dans toutes ces péripéties du métier militaire que je te conterai, tu n’aurais pas fini de rire. Mais tu sais Chérie, si tu n’aimes pas qu’on te critique à faux, ne t’engage pas dans l’armée.

Passons et devenons sérieux. C’est avec un peu d’étonnement que j’ai reçu ton avant-dernière lettre alors que j’avais eu des nouvelles la veille; mais ne crois pas que mon plaisir n’égalait pas les autres; Oh! je suis si heureux de recevoir des lettres de ma petite Chérie, quand j’ai dans mes mains cette petite enveloppe qui voile tout un brin de mystère, je sens mon coeur palpiter à grands coups;  Oh! petite Mie de mon coeur, ces missives comme ces doux mots « je t’aime », je ne pourrai me lasser de te les apporter et encore moins de les recevoir. Je suis sûr Chérie, que dans ton petit coeur, cette flamme d’amour qui brille n’est encore que l’étincelle de ce qu’elle sera un jour. Tu aimes et déjà comme dans un beau rêve tu revois ces instants passés tout près de lui, de cet être qui semble si bien partager toutes tes pensées et ton amour, et déjà tu as pu laisser voguer tes pensées vers ce petit nid que tu bâtiras un jour enveloppé d’une mutuelle tendresse; vers la douceur de ces soirs où tu t’endormiras près de lui, après avoir offert au Divin maître, avec lui ces voeux si chers; Oh! petite mie Chérie, si en ce soir j’essaie d’évoquer ce que peut être la forme de ton amour, c’est que dans mon coeur, en ces heures oisives où vers toi s’envolent mes pensées, c’est ainsi qu’il m’apparaît. Oh! je suis sûr si le bon Dieu le permet qu’un jour nous unissions nos vies, ces rêves seront réalité; il me semble que le bonheur que je pourrai te procurer ne pourra égaler le mien; je serai si heureux de te sentir heureuse près de moi.

Encore ce ne sont là que des rêves et le temps sépare le jour qui les verra se réaliser et nous aurons encore des sacrifices à offrir mais nous sommes si heureux de souffrir pour qu’un jour rien ne manque au petit nid dont nous avons rêvé, n’est-ce pas petite Mie chérie.

En attendant le beau jour qui me permettra de retrouver mon petit Amour. Reçois Chérie de ton petit Lou qui t’aime de tout son coeur ses plus tendres baisers.

Je vais dormir, demain les manoeuvres reprennent à six heures

Tu sais Chérie, Maurice n’a pas bien l’air de croire à ton refus d’assister à son mariage, il t’offre la place de demoiselle d’honneur (tu refuses).

Tu vois dimanche dernier après m’être promener avec un camarade toute l’après-midi, je me suis amusé à taper à la machine à écrire.

Dis petite Mie, d’accord je ne vais pas au mariage de Maurice mais promets-moi d’être au Pin le 1er G ou je ne vais plus à Vitailles; mais tu sais Mie si c’est la route qui te paraît longue ou pénible, n’aie crainte j’irai te rejoindre à mins d’être en Afrique; nous avons 80 sur 100 de chances d’aller en Afrique du Nord après un court stage à Périgueux car les prochaines recrues y sont incorporées 3ème B; B instruction.