Camp de Souge 4 5 47

Canonnier Pontreau Charles

3eme batterie de 1/68 R.A. D.B.

Périgueux (Dordogne)

Ma petit Mie Chérie

Voici le déclin de mon séjour à Souge et comme pour fêter notre départ en cette après midi de mai, le soleil veut bien nous sourire, je souhaite que pour demain il soit aussi élément; Oh! Tu sais Mie nous quittons le camp au moment où la nature l’a revêtu de sa plus belle splendeur, ce n’est non seulement les sous-bois qui se sont habillés de vert tendre, mais l’unique compagnon du pin que le printemps a vêtu de sa plus belle parure: l’acacia; jamais je n’aurais cru que ce camp, (Dachau français), -comme nous disions au début-, pu me paraître aussi splendide; les longues grappes de fleurs blanches mêlées au follioles sont venues jeter sur l’aspect monotone des baraquements déserts une magnificence féérique qui sûrement viendra apporter un petit brin de regret à notre fugue définitive du camp.

Je t’assure Chérie, je quitterai le camp pour aller remettre mon costume de pioupiou; même la douceur du panorama ne pourrait ternir la joie de mon départ; mais bien que je ne sois pas bien vieux; j’ai toujours remarqué que lorsqu’on était à peu près bien à un endroit, il ne fallait jamais aspirer à plus d’aise ailleurs; je n’entrevois pas mon changement à Périgueux avec beaucoup d’avantages à mon égard.

Cette semaine, ça respirait le déménagement en plein et il n’y a pas eu plus de jours fériés le premier mai qu’aujourd’hui; heureusement pour moi, le premier mai, le brin de muguet de mon petit Amour, symbole des sentiments de ce petit coeur que j’aime, venait m’apporter un rayon de soleil et ce matin j’ai pu m’échapper et bien que je n’avais pas le droit avec tout le travail à faire, je suis allé à la messe (je n’ai pas été embêté par personne car ils ne m’apprendront pas la ruse).

Oh! Tu sais Mie, si tu veux voir les grands planqués de la 3eme Batterie, tu n’as qu’à venir au « bloc transmission »; si je me permets de parler de travail, tu peux croire que les quatre qui ont embarqué le matériel transmission ne se sont rien cassés; mais ! Nous y avons travaillé toute la semaine; nous avions trouvé une collection de disques de Chansons et je t’assure que le Pick-up qui sert aux élèves graphistes avec les disques moisis n’avait été si bien employé et lorsque cette musique ne nous convenait plus avec un poste radio nous cherchions les émissions par onde; hier nous n’avons rien trouvé de mieux pour nous amuser que de fabriquer une fronde et exercer notre adresse sur les godets téléphoniques (l’auteur de ce nouveau jeu n’était autre que notre Brigadier Chef). Il est vrai que dans notre quatuor il y a un bricard chef, deux bricards, tu penses si je suis bien encadré.

Il est évident tu comprends bien Chérie que même en fermant les yeux devant le beau panorama, ton petit Lou ne peut que regretter son départ de Souge. A Périgueux nous allons drôlement ressentir la discipline, se serrer avec à tous les instants sa tenue impeccable, ses revues, (et les marches des escaliers de la caserne). Je t’assure Mie que je n’aperçois aucun avantage à ma présence en ville; enfin c’est comme ça et même en arrivant à Périgueux, rien n’aura porté atteinte à ma jovialité et j’essaierai de découvrir les avantages de la ville.

J’oubliais Mie, de te remercier des si jolies photos que tu m’as envoyées, elles sont très bien réussies et c’est bien là ma petite Yvette Chérie toujours aussi gentille et charmante. Tu vas peut-être croire que je te flatte; Oh! Mais tu sais Mie cette approbation n’est pas que de moi, je t’assure que la grande photo que tu m’as envoyée et que j’avais placé dans un joli petit cadre en métal sur mon (?), avait force admirateurs même à une revue de casernement, un lieutenant m’a demandé si je ne pouvais lui passer l’adresse.

Oh! Tu sais Mie, cette fois je ne t’écoute pas et tu peux croire que je ne vais pas prier pour que ma petite Chérie aie une extinction de voix; mais puisque ça te déplait tant de chanter, je veux bien souhaiter et demander au Bon Dieu de t’épargner cette corvée; mais Chérie si dimanche il faut que tu t’exécutes, tu chanteras pour moi comme si loin du public tu venais retrouver ton petit Lou, et même de ma caserne, cet infaillible récepteur qui se trouve tout au fond de mon coeur saura t’entendre et par la pensée je serai tout près de toi et déjà je désire un succès complet à votre soirée récréative.

Allons bon, il a fallu tout quitter pour rapporter toutes les armoires et les lits en excédant au magasin; il ne me reste même plus une table pour écrire. Adieu ma petite Mie chérie; ce soir c’est encore de Souge que je t’envoie mes plus doux baisers, quand tu recevras ma lettre ce sera de Périgueux; adieu encore Mie.

Ton petit Lou qui t’aime

Dis Mie, Maurice doit attendre une réponse de ma part, je ne l’oublie pas mais je lui répondrai de Périgueux.