Périgueux, le 9 mai 1947

Ma petit Mie Chérie

Hier soir je n’ai pas pu écrire à ma petite Mie mais aujourd’hui je profite de mon temps libre à midi pour retrouver près de mes pensées.

Tu sais Mie si sur ma dernière lettre je prétendais que nous devions jamais rien faire dans l’armée, je me suis aperçu que des jours je travaillais pour mes six francs et les déménagements demandent parfois des efforts de biceps. Lundi devait être le jour du départ et par une erreur de compréhension nous ne devions partir que le 7. Le train est arrivé à Saint Médar mardi à midi de une heure après midi jusqu’à une heure du matin nous avons transporté du matériel en camion et le lendemain nous avons embarqué tous les véhicules; nous avions chargé vingt-cinq wagons; c’est mercredi après midi que nous quittions le camp définitivement; nous avons terminé l’embarquement vers cinq heure et avant de partir, pour saluer notre départ nous avons eu un pique-nique avec un repas des plus copieux. A huit heure le train s’ébranlait mais nous ne devions arriver à Périgueux que hier matin à cinq heure; après le petit casse-croute, nous avons débarqué; tu te représentes d’un petit chantier à midi nous avions déchargé tous les véhicules mais il restait encore les accessoires. Il était dix heure du soir quand enfin le train était libre, nous en étions au quinzième voyage de camion; comme la gare se trouve à l’opposé de la caserne, j’ai pu un peu me familiariser avec Périgueux. Mais tu sais Mie le soir nous n’en pouvions plus surtout après deux nuits presque blanches. Comme mardi à mercredi j’étais de garde au wagon, je ne m’étais pas déshabillé depuis mardi matin et il me tardait de quitter les chaussures.

Enfin, nous voici installés en caserne au 3eme étage ’54 marches à monter et à descendre au moins vingt cinq fois par jour’. Oh! Je sais bien, Mie, que tu ne me plaindras pas beaucoup (avec raison); mais je préférais le terre-plein des baraques et sûrement les corvées seront aussi plus pénibles. Enfin il n’y en a plus pour très longtemps avant de leur envoyer un dernier salut et au revoir les poilus que je puisse retrouver mes champs, la famille et ma petite Mie quand mon nous semblera, n’est-ce pas Chérie.

Maintenant, tu sais de la fenêtre de notre chambre nous avons une vue magnifique sur les coteaux qui entourent la ville et sur ce point les décors sont des plus merveilleux, sûrement d’ici peu je pourrai te donner des impressions sur mon nouveau casernement.

Dis Mie Chérie, tu ne crois pas au Père Noël : il parait que nous allons avoir la perme de détente à la fin du mois et une perme économique au moins de juin, comme celle du mois de mars et peut-être la perme de 30 jours agricoles aux moissons mais tu sais moi je n’y compte guère bien que la perme de détente ne pourrait tarder. Enfin en attendant le temps passe et le mois des fleurs sera vite passé lui aussi; et peut-être le 1er juin je serai tout près de toi et tu sais j’en aurai à te dire, aussi je restera avec ma petite Chérie le plus longtemps possible pendant mes trois jours.

Pour aujourd’hui je vais te quitter Chérie; en attendant le grand bonheur de te serrer dans mes bras, reçois ma petite Mie tous mes doux baisers et mes bons souhaits de succès pour dimanche.

Lou