Périgueux, le 14.5.1947
Ma petite Mie chérie,
Ce soir, la lettre de ma petite Chérie est venue m’apporter un rayon de soleil dans ma monotonie de ces jours de caserne, tu sais Chérie, heureusement que nous avons le courrier deux fois par jour; lorsqu’une missive est tant attendue et que le midi elle ne se trouve dans le paquet de lettres, tout l’espoir se porte vers le courrier du soir; aussi ce soir, j’étais tout heureux en entrant dans la chambre de trouver la lettre de ma petite Mie sur mon lit.
Je vois que ma petite Yvette s’est drôlement démenée pour préparer la soirée récréative; même que je ne voyais pas, je n’ai jamais douté de ton dynamisme; mais attention! Chérie: demain il faudra encore compter avec ta santé et si on doit se dépenser pour les autres, n’oublie pas que notre capacité dépendra aussi de la force de notre corps. Oh! Malgré les dures épreuves de ton adolescence, je sais que ma petite Chérie est encore solide mais ce n’est pas un homme; et je tremblais en te voyant te dépenser ainsi; non Mie, je te défends à l’avenir de recommencer.
Peut-être, Chérie, tu as évoquer dans tes pensées ce que sera, si le Bon Dieu veut, le petit nid dont nous rêvons ensemble, tu as senti dans ton petit coeur naître cette douce joie en pensant à l’évidence d’un berceau conçu dans la fusion de notre amour mais pour tout cela Chérie, ton corps aura à donner encore beaucoup d’efforts; il faudra que tu sois forte et c’est pourquoi je te redirai encore: surveiller sa santé c’est bâtir le bonheur de son futur foyer. Oui Chérie, je ne veux pas que tu te dépenses ainsi, déjà je t’assure que je ne voudrais pas quand je serai près de toi que tu continues de travailler comme tu fais à Vitailles et puis ton Charlou qui ne fout rien depuis six mois sera tout frais et dispo pour te seconder dans tes besognes, si le Bon Dieu me laisse ma santé de ma jeunesse, tu pourras entièrement t’appuyer sur mes bras et mon bonheur sera si grand de pouvoir t’être agréable.
Dimanche dernier, je suis sorti en ville, j’avais une permission de spectacle, aussi j’ai pu assister le soir à la retraite au flambeau à dix heures et aussi je t’assure petite Chérie, quand je serai à ma prochaine perte, j’en aurai à te raconter sur mes rencontres et mes camarades jacistes; enfin si ça continue, je ne trouverai pas le temps trop long à Périgueux mais quand même tu ne pourrai croire comme il me tarde de me trouver tout près de toi; enfin espérons qu’il n’y en a plus pour bien longtemps.
Ici l’énorme inconvénient de la caserne, c’est que le dimanche, nous n’avons pas toujours le droit de sortir: dimanche dernier, je n’ai pu aller à la messe car nous avions un défilé dans la ville pour commémorer la fête de la victoire et demain je ne crois pas pouvoir sortir dans la matinée; c’est empoisonnant, où est donc la petite chapelle rustique du camp de Soude. Enfin, heureusement, la classe approche et nous attendons vendredi 125 bleus du 1er/47, ça va nous donner du courage.
JE te quitte ma petite Mie chérie. Reçois de ton petit Lou qui ne cesse de penser à toi et qui t’aime de tout son coeur, ses plus doux baisers.
Lou
PS: hier, toute la 3ème batterie est passée à la radioscopie et le commandant major a contrôlé la santé de nos poumons