Périgueux, le 20 mai 1947
Ma petite Mie chérie
En attendant le doux bonheur d’être auprès de ma petite Mie, c’est encore par une courte missive que ce soir je serai près de toi.
Comme par hasard, aujourd’hui nous avons travaillé jusqu’à à la nuit et dans la chambre, l’appel du soir vient de passer et les camarades vont au lit.
Oh ! Tu sais la France va s’enrichir, voila que les Piou-piou font des heures supplémentaires : demain matin nous commençons la journée une heure plus tôt que d’ordinaire; c’est que nous préparons la grande revue de tout le matériel et comme nous sommes un peu en retard il faut presser un peu et je t’assure qu’il sera astiqué. Aujourd’hui on m’avait désigné une half-track à nettoyer, j’y ai travaillé toute la journée mais ce soir j’étais fier de mon boulot. Oh ! Si le moteur et les chenilles étaient reluisants, tu sais je n’étais pas beau gosse ! Heureusement qu’ici on nous lave les treillis. Jeudi, la grande revue : tous les véhicules du 1er groupe blindé sont alignés dans le parc de la caserne, plus de deux cents (automoteurs, chermans, half-tracks, chenillettes, camions, remorques, jepps) dans une propreté impeccable, tu penses nous les avons lavés à l’essence et repassés au pétrole (nous ne sommes pas à un litre prêt tu sais).
J’espère bien que cette revue du colonel est aussi un bon signe pour la perme de détente et sans trop y compter, je pense à l’évidence de l’immense bonheur de pouvoir bientôt pour quelques jours être en famille et retrouver mon petit Amour. Enfin même si nous n’avons (pas) encore la perme de détente; dans dix jours je pense bien avoir la permission pour la 1ere communion de Henri; je demande trois jours du 30 au 2; aussi si j’arrive le vendredi soir au Pin, le samedi je vais te chercher; mais encore je n’en sais rien car ça ne dépend pas que de moi et il ne manquerait plus qu’elle me soit refusée; enfin de toute façon je t’avertirai toujours le plus tôt qu’il me sera possible et n’oublie pas que tu es attendue au Pin.
Dis, Chérie elle t’est si énigmatique que ça mon adresse. Etat Major du 68eme Régiment d’Artillerie division blindée. Tu vois comme par hasard je ne suis plus de la 3eme batterie, j’ai été versé à l’Etat Major; pour le moment je suis un petit Crac, tu penses tous les camarades sont bacheliers ou en deuxième degré d’instruction, mais comme mon rayon est en radio j’aurai la facilité de continuer les études pendant ces quelques temps que je reste dans l’armée, comme pendant notre séjour à Souge notre instruction avait laissé à désirer, il faut maintenant rattraper les autres et c’est un peu plus dur.
Ma petite Chérie je vais te quitter car dans la chambre ça commence de crier, les camarades demandent l’obscurité à grands cris et tout à l’heure je ne serai pas le maître. Adieu pour ce soir encore ma petite Mie que j’aime de tout mon coeur et à bientôt tout près de toi.
De ton petit Lou reçois les plus tendres baisers, toujours à toi.
Lou
Comme tous les soirs avant de m’endormir dans mon coeur et mes pensées il n’est qu’un refrain qui me donnera toujours du courage pour le lendemain : « toujours unis dans le Christ et dans notre amour vers notre petite étoile. » Je t’embrasse Chérie. Adieu.