Périgueux, le 28 mai 1947,

Ma petite Mie chérie,

Enfin aujourd’hui une lettre de ma petite Mie; tu sais je trouvais le temps long et je me demandais quel pouvait bien être la cause d’un pareil retard surtout si tu savais Mie quelle excitation il y a en caserne; tu as dû recevoir ma dernière missive expédiée de mon poste d’écoute; depuis la tension demeure et si « Suzanne » a été retirée du réseau pour le moment; le service regarde a redoublé et j’ai rejoint les camarades, nous avons deux équipes et ainsi les jours de garde sont intercalés, de ce fait nous dormons une nuit sur deux alors qu’en temps normal, une sentinelle ne monte pas plus de quatre factions de deux heures par jour, maintenant nous reprenons le poste, une faction entre autre; ce qui fait pour chaque sentinelle douze heures de garde sur vingt-quatre; je t’assure petite Chérie, ce soir j’en ai plein les jambes et dire que demain soir il va falloir reprendre; ce boulot est aussi pénible, je t’assure qu’une journée d’été à la campagne car c’est l’organisme qui souffre le plus du manque de repos (et pourtant ce n’est que le début), toutes ces sentinelles (une soixantaine à la fois) assurent la garde de tout le matériel, dépôts, armes, munitions, substances, etc contre l’éventualité d’une attaque de rebelles cherchant à s’emparer d’armes et le camp est consigné jusqu’à la fin de la crise, d’autre part le 68ème RB est désigné troupe de soutien pour maîtriser les insurrections qui auraient lieues en sud-ouest.

Aussi ma petite Mie chérie, j’ai vu s’effriter mes douces illusions et dimanche à la pensée du bonheur qui pourrait exister, mon petit coeur souffrira; enfermé dans les murs de la caserne, j’offrirai mon sacrifice.

Il me reste encore quelques petites chances si le quartier était déconsigné ces jours-ci, peut-être je pourrai partir car tout le nécessaire est fait mais je n’y compte plus et dans l’imprévu de l’avenir je me demande quand enfin je pourrai te serrer dans mes bras? Dieu seul le sait, en attendant, tous les deux, il nous faudra souffrir loin l’un de l’autre. Chérie nous tâcherons d’être toujours forts.

De ton petit Lou qui t’aime de tout son coeur, reçois les plus tendre baisers petite Mie chérie.

Devant cette incertitude de notre prochaine rencontre, que penses-tu faire Chérie? Au Pin, tu seras toujours la bienvenue mais is tu juges qu’il y a trop de peine pour ne pas me trouver, fais comme tu voudras.

Ton petit Lou qui t’aime