Le Pin, 9 juin 1947

Ma petite Mie chérie

Alors qu’il y a à peine quelques instants, il suffisait seulement de te serrer plus fort dans mes bras ou de cueillir sur les joueuse baiser pour t’exprimer tout ce que contenait pour toi les palpitations de mon petit coeur, maintenant les kilomètres qui nous séparent et empêchent mes yeux de rencontrer le doux regard de tes prunelles m’obligeront à reprendre la plume pour laisser s’envoler vers ma petite Chérie toute la force de mon petit amour.

Après un voyage pas trop fatiguant, me voici de retour au Pin où j’ai encore eu le temps après mon arrivée, de charger un voyage de foin. Oh ! Tu sais, petite Chérie malgré les longs jours qui sépareront notre revoir c’est avec du soleil plein le coeur que je te quittais; O douce empreinte de joie que laisse de si tendres effusions avec cette Chérie que j’aime; aussi petite Mie ce n’est vraiment qu’ici que mon petit coeur s’est aperçu de ce qui lui manquait en relatant l’étrange contraste avec la sérénité d’un précédant après-midi de bonheur passé… Charles a dû parler. Je m’attendais Chérie à ce qui suivrait et la question n’est pas résoute encore mais la solution est pourtant intransigeante : maman elle a tout trouvé : « va, mon fils, ton avenir en dépend, pour nous ce sera encore une année pénible, fais ta situation; Jean, lui avait tout prévu, il avait fait des démarches pour devancer l’appel d’un an mais avec l’organisation française, il ne pense pas avoir satisfaction ». « Tant pis » avait il pensé, il y aura pour nous une année creuse mais il faut coute que coute rester au Pin. Evidemment le père, lui, n’est pas de cet avis et si devant la majorité il s’est incliné je crains les répercussions, têtu comme je le connais; il ne veut pas prendre la direction du Pin et avec son manque de volonté habituel il se voit battu avant d’avoir commencé le travail ». « Partez tous, nous aussi nous n’aurons qu’à partir et quand Jean reviendra il ira domestique mais moi je fous le camp d’ici ». Si moi je n’ai pas poussé mon intervention car il me voit en petit égoïste, maman et Jean lui ont cassé le morceau : « avant notre arrivée ici, un homme et une femme, seuls ont travaillé pendant un an et ont vécu au nombre qui demeureront encore, serions incapables de conserver la propriété sans faire de grosses ressources ».

Revenons à nous deux; que veux tu Chérie, ma résolution est toute prise, de toutes mes forces j’essaierai de faire réfléchir le père mais avant la fin de l’été prochain (48) j’aurai rejoint ma petite Mie à Vitailles et si le Bon Dieu n’y voit d’inconvénient, pour toujours. Petite Chérie c’est pour nous deux que je parle, il n’y a pas d’autres solutions surtout que pour ma famille conserver le Pin n’est pas impossible avec un peu de bonne volonté; je sais bien que c’est cette solution qu’ils prendront mais les discussions sont toujours pénibles.

Je vais te quitter petite Mie pour ce soir encore et si je ne peux emporter avant d’aller au lit toute la douceur de ton baiser, reçois de loin de ton petit Lou les plus tendres de son coeur.

Loin des yeux mais tout près du coeur; dans notre amour unissons nos prières pour que toujours à toi.

Ton petit Lou qui t’aime

(excuse les gribouillages, je m’endors)