Périgueux le 16 juin 1947
Ma petit Mie chérie
Enfin… aujourd’hui une lettre de mon petit Amour; Oh petite Mie chérie c’est avec un peu d’impatience que j’attendais cette gentille missive; une semaine sans avoir de tes nouvelles me parait presque interminable enfin en parcourant ces lignes traduites par ce petit coeur tant aimé pourrai-je me souvenir de quelques sacrifices ? Sûrement non, au contraire à cette lecture mon petit coeur tout palpitant de bonheur pouvait il faire autrement qu’évoquer ces doux instants qui pour lui durent jusqu’à ce jour les plus doux de sa vie ?
Il y a exactement une semaine j’étais encore tout près de toi; le pieds de genêts était témoin, au bout de l’allée de Vitailles de nos au revoir accompagnés de nos dernières effusions et nos petits coeurs tout baignés du grand bonheur de se sentir battre si près l’un de l’autre évoluaient mal ce qui seraient les jours succédants quand en te quittant de j’écriais : « Adieu à dimanche ».
Huit jours ont passé cheminant vers notre prochaine rencontre; car chaque déclin voit se rapprocher le bonheur de nous retrouver mais hélas beaucoup de dimanches pourront le paraître sombres en pensant à ce que fût ce « 8 juin » qui restera toujours pour moi inoubliable empreint de toute la volupté de notre amour.
Le jeudi qui clôturait ma perme fut vite arrivé et sur le chemin du retour je pouvais fredonner : « Soldat le pays t’appelle, va rejoindre ta batterie; un jour tu reverras ta belle, ta petite Mie chérie ». Oh! et puis tiens petite Chérie puisque après midi je n’ai rien à faire je vais prolonger le bonheur de me sentir près de toi en te racontant mon retour : « Pour oublier il faut partir » comme dit la chanson, aussi avec la grève des cheminots et ayant une ligne de cars assurée si je ne tenais pas à prolonger peut-être à mes dépens ma permission il fallait être à Périgueux, au quartier à minuit le 12 et partir de St Livrade le matin à 8h; j’embrassais une dernière fois tous ceux qui continueraient à travailler au Pin, alors que le fils ou le frère serait encore là bas et dans mon adieu je redonnais du courage à la Maman qui avait des pleurs pleins les yeux en lui disant quelques mots des plus optimistes et je m’envolais sur le chemin du retour ‘en car’ après Villeneuve je reprenais la direction vers ce petit pays qui m’est si cher; à la halte à Castillonès, j’eus le temps de descendre et d’aller surprendre la famille Marche (par la trace de ma visite seulement je n’ai vu personne), de justesse je pus reprendre mon car et en continuant sur la route de Bergerac c’est avec un petit battement de coeur que je déchiffrais sur une pancarte indicatrice « Lauzun 11km ». Dès ce moment j’allais m’éloigner de Celle qui brillait dans toutes mes pensées de chaque instant et que mon petit coeur aime. Puis ce fut Bergerac; une jolie petite ville bien plus intéressante que Périgueux; j’eus pendant les sept heures de mon arrêt, le temps de visiter cette charmante cité des bords de la Dordogne et je constatais avec un peu d’étonnement que la distance qui séparait Périgueux d’Emet n’était pas si grande qu’on m’avait dit; Exactement soixante douze kms me séparent d’Emet relié à Périgueux par une ligne de cars directe.
Lorsque j’arrivais à destination vers sept heures tout en évoquant les doux instants vécus l’un près de l’autre, je songeais que les quatre-vingt kms à peine qui nous séparaient m’empêcheraient peut-être pas de faire renaître bientôt des heures de bonheur tout près du coeur de ma petite Chérie. Après avoir été au cinéma (car je comptais utiliser ma perme jusqu’au bout) je rentrais à la caserne à minuit moins cinq; Rien d’anormal au quartier depuis mon départ; la discipline elle s’est encore resserrée; heureusement j’étais en perme car je risquerais de ne pas te voir tout de suite et j’aurais beaucoup de chance d’être comme les copains qui se sont fait prendre : ‘tondus et huit jours de cabane »; tu penses petite Mie, une ronde d’un officier a accroché touts les sentinelles assises ou couchées à leur poste pendant la nuit; le lendemain les coiffeurs avaient du boulot; heureusement le commandant a accusé la fatigue et désormais les factions sont plus espacées; mais maintenant tu sais Chérie j’ai conscience de mon devoir de sentinelle car je tiens à mes cheveux; tu penses; que je termine ma carrière militaire avec la boule à zéro, si ton père voulait nous marier tout de suite il pourrait m’acheter une perruque ce serait à toi de choisir entre un brun, un blond ou un rouquin. (Tu peux croire petite Mie qu’en écrivant ces lignes, je ne parais pas avoir le cafard).
Passons. Ce soir je suis encore de garde au poste de police maintenant nous ne faisons plus que ça, un jour de repos, un jour de garde; aussi hier j’ai passé un bien triste journée; je n’ai pu sortir qu’après le relève à six heures du soir; depuis que je suis à Périgueux, je n’ai pas pu avoir un dimanche matin de libre pour pouvoir aller à la messe; c’est avec un peu de peine tu sais Chérie en pensant aux dimanches précédents que je voyais passer les communiantes en robes blanches et les communiants avec leurs beaux brassards juste devant le poste car c’était la 1ere communion à St Georges de Périgueux; Peut-être un jour petite Chérie je tâcherai de rattraper ces dimanches vécus en païen, heureusement que dans mes prières tu es là tout près de moi et sur ce point Chérie c’est sur toi que je m’appuie et que croit toute ma force.
Pour les affaires de famille va Chérie, ça s’arrange; pourquoi prétendre que c’est pour toi qu’il y a sur mon chemin des sacrifices; Oh Petite chérie s’il y a un responsable c’est nul autre que moi et je ne regretterai rien car je l’ai mérité c’est tout et si un jour nous connaissons le grand bonheur de ne jamais nous quitter je ne saurai regretter un seul de mes sacrifices, et puis petite Chérie dans notre amour et la confiance du Bon Dieu près l’un de l’autre y aurait-il des sacrifices. Si on souffre quand on aime, y aurait-il des souffrances quand on sait qu’elles épanouiront le bonheur; ces phrases c’est de ma petite Mie que je les tiens alors qu’encore pour toi l’étoile bonheur m’était apparue. Tu croyais en la vérité n’est-ce pas petite Mie de mon coeur.
Tu sais petite Chérie si le courrier s’achemine aussi lentement et que j’arrive à trouver le temps long, ne soit pas surprise que nos lettres se croisent. Ton petit Lou.
Pour aujourd’hui je vais te quitter cher petit Amour, de mon petit coeur que tu rends si heureux et qui ne pourra jamais t’oublier reçois chère petite Fiancée tous mes plus tendres baisers. Toujours près de toi ton petit Lou qui t’aime