Poste de police 19.6.47
Ma petite Mie chérie
Comme le temps me parait long, je viens de passer quelques instants tout près de ma petite Chérie; Oh! tu sais tant de pensées s’envolent vers toi durant mes factions que je ne pourrais voir s’éteindre cette journée sans t’en imprimer quelques unes.
Cette nuit de minuit à deux heures je montais la garde au poste de guet sur la terrasse des transmissions; dans cette sérénité nocturne, du haut de mon site je pouvais promener mes regards sur la ville endormie; il te sera facile connaissant ma petite âme sensible de comprendre la douceur qui s’exhalait pour moi de cette solitude empreinte du suave parfum de nos nuits d’étés, sous un magnifique ciel d’étoiles.
Là bas, vers le sud, vers ces horizons embrumés d’ombres mon petit Amour devait s’être endormi. « Stop. relève. »….– (voila que par d’heureuses coïncidences que j’ai taché de favoriser alors que le zénith brille dans l’azur me voici de retour au poste de guet, en faction de jour et en feignant le règlement je vais continuer ma missive 🙂
Les alentours sont maintenant illuminés par l’astre du jour; pour toi aussi petite Chérie, ces chauds rayons de soleil ruissellent sur un nouveau jour, qui… lui aussi demain aura vécu, et surement en ces milliers de secondes qui façonnent le temps, tes pensées, telles des cycles d’ondes doivent peut-être en cet instant s’envoler vers les miennes penchant ainsi les sentiments de nos petits coeurs qui s’aiment. Oh! Chérie qu’il est doux de se sentir compris et ainsi et même loin de toi mon coeur pourrait-il connaître des instants de langueur qui effriteraient son bonheur ? Oh ! non il est si heureux de se sentir bercé par la tendresse de son petit Amour. Comme ces nuits sereines qu’il a trouvé toujours plus belles en sentant grandir sa confiance et sa foi en ce Divin Maitre des saisons, il sait qu’il ne pourra avoir de déceptions tant qu’il vouera à Celle qu’il s’est promis d’aimer toute la sincérité de son amour : parce que je croyais, je me suis senti heureux en contemplant les étoiles, dans ce don réciproque de notre amour je sais que chaque jour verra grandir notre bonheur; n’est-ce pas petite Mie chérie.
Il y a exactement 9 ans en ce jour (19 juin 38) je goutais une des inoubliables joies de mon enfance : ma communion solennelle.
Oh! Chérie si au déclin de cette journée encore inconsciemment je promettais de m’attacher pour toujours à cette foi chrétienne : source de bonheur, quelle joie pour moi de découvrir encore dans mon âme toute la force de ces paroles en cette pleine conscience de mon vingt-unième printemps; quelle plus grande joie de penser que si aujourd’hui je sens: vibrer en moi ma petite âme chrétienne c’est beaucoup à toi que je le dois, Oh! n’est-ce pas là encore une raison de grandir mon amour dans cette lutte du mal ces promesses que je faisais il y a neuf ans auraient pu être étouffées, perdre leurs forces et devenir stériles. Grâce à toi, cher petit Amour, elles ont acquis tous leurs sens et leur dynamisme, par toi j’ai découvert vraiment toute la source de bonheur vrai dans la clarté de nos pensées, dans l’expression de nos sentiments; Choyé par cette tendresse que tu me donnes pourrais-je demander d’autres bonheurs. Va, petite Chérie; vers un bonheur qui par nous sera toujours grandissant, avec tous mes plus tendres baisers reçois les doux sentiments de mon petit coeur qui t’aime.
Voici la relève de loin je t’envoi mes baisers. Adieu mon cher petit Amour
Ton petit Lou qui t’aimera toujours
Tu sais Mie si je t’écris deux lettres par semaine c’est que je n’ai rien à faire. Aussi je ne t’oblige pas à répondre à toutes. Pour toi chérie, il n’y a pas des jours de repos. Je t’aime.