Périgueux, le 22 juin 1947

10ème anniversaire de ma confirmation

Ma Petite Mie Chérie,

…… et les dimanches succèdent aux dimanches…… heureusement pour moi, ils n’ont pas tous le même uniforme et aujourd’hui comme par hasard, j’ai pu m’échapper pour aller à la messe; Oh! petite Chérie, dans cette atmosphère spirituelle où vibrent nos âmes, quelle douceur de te sentir encore plus près de moi en cette union de prière; sûrement Chérie, ce matin, tu offrais à la mémoire du divin sacrifice, toutes ces peines, cette attente de ton petit coeur qui aime, pour qu’un jour apparaisse dans tout son épanouissement, ce petit bonheur dont nous rêvons; ces sentiments; chacune de ces pensées que je sentais monter de ma poitrine, me procurait une immense joie de les sentir aussi bien partager; oh! petit Amour, je t’aime tant et je me sens tant chéri par ton petit coeur que je crois que bientôt le vocabulaire n’aura pas de mots assez expressif pour te dire tout mon amour; le soir, où dans la langueur de mes factions, il me semble que tu es près de moi et tu viens peupler ma solitude, j’évoque la tendresse de ces instants où je pouvais te serrer dans mes bras, sentir battre ton petit coeur et cueillir sur les joues si douces tant de baisers…. oh! petit Amour, ces inoubliables minutes se sont évanouies, emportées par l’abîme des temps mais elles renaitront un jour encore plus voluptueuses et mon coeur débordera de bonheur en retrouvant ce petit rire si clair et ces prunelles toujours aussi malignes; en un mot en retrouvant Celle qui berce tous les moments de la journée, Celle pour qui il ne pourrait cesser de battre une seconde: la Chère et Douce Petite Mie…

…Vraiment, petite Chérie, j’étais habitué au lent acheminement de notre courrier; quel a été mon heureux étonnement en recevant une lettre de ma petite Mie vendredi matin, tout d’abord, j’ai cru que nos lettres s’étaient croisées mais non, c’était la réponse à celle écrite le lundi, il n’y a pas à dire: ça doit être dur pour elle de changer de département.

Oh! Tu sais petite Chérie, je crois que tes missives, je les saurai de par coeur; elles contiennent si bien l’expression de ce cher petit Coeur que je ne pourrai me lasser de les relire et je te sens à chaque fois tout près de moi surtout dans l’éternité de tes factions ( c’est long tu sais, Chérie, deux heures), le temps d’aller du Pin à Vitailles et dire que j’en aurais tant perdu de ces deux heures là à combattre ce monstre qu’est l’ennui. Tu sais; je ne demande pas à ceux qui nous succèderont que ce temps d’alerte dure car si cette période s’était trouvée en hiver, certains seraient claqués à leur poste, tu penses Mie, en cinq jours, j’ai monté quarante heures de garde; que veux-tu, mon point faible c’est que j’ai été en perte aussi il m’arrive souvent d’être en tête de liste pour la garde; vendredi soir, le chef de service me colle pour la troisième fois de suite, garde montante au poste de police; alors non, un soir garde descendante, le lendemain garde montante et toujours au poste de police; j’étais le seul à être ainsi défavorisé et ils m’ont entendu, j’ai demandé justice. Oh! tu sais Chérie, la réponse est vite arrivée: « je veux pas le savoir, vous voulez la fermer ou je vous fous dedans ». Il a fallu s’exécuter mais mes factions n’étaient pas toujours vigilantes et celles que j’ai monté au poste de gué ne m’ont pas empêcher de dormir sans me faire prendre; il n’apprendront pas la ruse au troufion; mais je t’assure Mie, j’étais susceptible dans le temps quand je recevais un sermon que je ne méritais pas; mais maintenant je ne fais qu’en rire. Oh! et puis ce n’est pas si terrible que ça de prendre la garde, il faut de la patience.

Enfin je crois quand même que j’ai bien fait de récrier car aujourd’hui je suis le seul de la chambrée à n’être pas de garde ou piquet d’alerte; cet après-midi, j’aurais pu ressortir en ville mais comme j’avais du linge à mettre en ordre, je suis resté, et puis aussi il me tardait de retrouver mon petit Amour surtout ce dimanche.

Je vois que ma petite Chérie n’aimerait pas que son petit Lou se maquille aussi je n’ai pas besoin de laisser pousser de moustache; que dirais-tu si je revenais avec le bouc (malheureusement à l’armée ça nous est maintenant interdit) et puis ça ne me dit rien aussi j’essaierai de conserver mes cheveux et ma petite Mie retrouvera son Lou à peu près comme ils se sont quittés (à moins que ce soit le costume qui change), depuis une semaine, ils nous demandé les certificats comme membre de famille nombreuse, tu sais, ça commence à m’intéresser plus que les tours de garde.

Depuis mon retour, les permissionnaires ont été assez rares et depuis les 1ères communions ne sont plus des motifs, même des mariages de frères ou soeurs ne sont pas toujours favorables pour obtenir une perme. Tu sais, Mie chérie, c’est un heureux hasard qui a voulu que je sois satisfait; enfin il vaut mieux tenir que voir venir.

Ce soir je vais peut-être sortir avec les camarades en ville, j’ai une perme jusqu’à 12h et nous iront au cinema ou au bal; moi qui avant était un enragé de la danse, je me refroidis, mais encore c’est bien un de mes défauts, si j’avais ma Chérie près de moi, je suis sûr que le bal me serait indifférent.

Je vais te quitter pour ce soir mon cher petit Amour puisqu’il faut encore qu’on se sépare. Peut-Être un jour, pour toujours, je serai près de toi, unis dans le bonheur de notre amour; et je m’endormirai le soir en te serrant dans mes bras, oubliant ainsi ce que pourrait ou aura pu être ma peine.

De mon petit coeur, toujours les tendres baisers. Par la pensée, toujours près de toi. Chérie je t’aime.

Loin des yeux mais tout près du coeur, adieu encore ma Petite Mie chérie

Je t’aime