Poste de police le 24 juin 1947
Ma petite Mie Chérie
Puisque nous sommes si heureux de recevoir de fraiches missives de nos petits coeurs, je viens en cette heure oisive retrouver mon chère petit Amour; Va Chérie si quand tu as dans tes mains, encore voilée l’expression de ce petit coeur qui t’aime, tu sens battre ton coeur. Tu peux croire que ton petit Lou connait cette même émotion quand il reçoit une lettre de son petit Amour; il est si doux et si bon d’aimer et de se savoir aimé, n’est-ce pas Chérie ? Magnifique sentiment qui unit si bien ceux qui ne le trahissent pas au point que l’on sent souffrir son petit coeur quand il faut se quitter et qu’on ne pourrait se lasser d’être l’un près de l’autre; Oh ! petite Chérie comme ils ont de la chance ces petits amoureux qui profitent d’une occasion pour se voir le matin et qui auront peut-être le bonheur de se retrouver avant le déclin du soir, sans avoir besoin de graver leurs sentiments sur une lettre; mais tu sais petit Amour je ne saurais pour cela maudire le sort qui nous fait vivre loin d’un de l’autre car il y a peut-être un avantage : tout en habituant aux petits sacrifices, nous avons aussi eu le bonheur de nous découvrir par lettres où sont toujours les mieux exprimées et les plus sincères les expressions de l’âme et les sentiments du coeur tout en conservant le doux témoignage de notre amour, et puis également si un jour notre bonheur n’a pas de limites quelle douceur de penser que c’était unis dans nos petits sacrifices que nous l’auront mérité, n’est-ce pas Chérie.
Sur ta dernière lettre tu évoques ces amies d’adolescente et ces premiers horizons découverts vers la vie alors qu’encore ton petit coeur ne s’était éveillé à l’amour et que tu n’aies vraiment conçu ce que je pourrait être un avenir à deux par le mariage; celui-ci pouvait te paraître tout à fait indifférent et une vocation des plus banales vu surtout que tu ne soupçonnais pas ce que pourraient être ces sentiments qui aujourd’hui animent nos petits coeurs; dans cette langueur de tes jeunes années où ta foi chrétienne était la seule consolation de tes peines je trouve naturel pour une jeune fille la pensée de se retirer du monde, se recueillir en elle-même tout en offrant ses forces au secours des autres et attendre dans la solitude le moment où le Bon Dieu viendra l’accueillir sur terre tant que ma petite Chérie n’aurait connu cette force qui donne du sang au coeur, de l’air au poumon; cet amour à deux qui veut qu’on aspire à la vie, qu’on voit s’épanouir cette vie ici bas, il se peut qu’elle aurait fait une excellente religieuse et tu sais petite Chérie lorsqu’on s’engage sur une voie du destin on n’aperçoit plus les avantages ou les charmes qui pourraient égayer d’autres horizons; pour moi peut-être ton départ aurait laissé une petite ombre mais n’étais-tu là l’indépendante maîtresse de tes sentiments ? Et j’aurais essayé d’oublier.
Mais voila Petit Amour que Dieu devait jeter dans ton petit coeur ce brin d’amour pour ton Lou et fixer pour tes décisions ta vocation en unissant nos petites étoiles. Il a voulu que je sois ce messager qui éveille ton petit coeur à la vie et à l’amour et que tu connaisses le bonheur d’aimer, dans mes bras. Oh ! Petit Amour qu’importe pour moi le destin de mes jours je ne saurai regretter, au contraire chaque jour qui coulera me fera t’aimer davantage et grandir notre bonheur l’un près de l’autre unis pour toujours. Je vais te quitter Chérie, au déclin de cette journée. De mon petit coeur les plus doux baisers.
Petite Chérie je t’aime.
Toujours à toi, ton petit Lou.