Poste de police, le 27 juin 1947

Ma petite Mie Chérie

Tu sais, Petite Chérie c’est dur parfois de maitriser son impatience : ce soir une lettre de mon petite Amour juste quelques secondes avant le rassemblement de la garde montante. J’ai glissé la lettre dans la poche de la chemise sur mon coeur et comme à l’armée l’heure c’est l’heure, il a fallu rejoindre le corps de garde, subir l’inspection de la tenue, ensuite présenter tout le cérémonial de la relève de corps de garde devant le poste de police et pour le comble, j’ai été désigné pour la première faction. Tu peux croire Petite Mie que je n’allais ma monter mes deux heures sans gouter la douce joie de lire dans le coeur de mon Petit Amour en déchirant l’enveloppe. Oh ! C’est bien là les chères pensées de ce petit coeur que j’aime tous les jours davantage et dans cette suave atmosphère où flottent de si douces pensées, il me semble que tu es tout près de moi et je voudrais t’étreindre et t’embrasser, tu partages si bien notre amour. Oh! Petite Chérie de mon coeur, comme je t’aime, comme je suis heureux de me sentir aussi chéri. Hélas, le petit soldat est à son poste, le devoir d’abord, et il verra couler ses longs jours d’été sans pouvoir gouter le suprême bonheur de sentir battre ce petit coeur tout contre le sien, il aura un peu de peine, en évoquant la douceur de si beaux dimanches s’il était libre; mais il est si heureux de penser que cette petite souffrance de nous deux resserre tant nos petits coeurs et que ce lien qu’elle façonne sera si solide; si unis dans cette attente des Fiançailles, se pourrait-il que nous ne puissions nous comprendre quand nous serons si près l’un de l’autre pour toujours. Oh! Mon petit Amour je ne doute pas plus de la durée de notre bonheur que de la sincérité de notre amour de maintenant. Il me semble que depuis toujours on s’est compris et aimé. Tu es pour moi cette petite Mie que j’avais rêvé de découvrir un jour et toute une vie près de toi me parait des plus naturelles et aucune énigme je t’assure ne retienne pour moi de méditation, pour toi Petite Chérie, je suis presque sûr qu’il en est de même, puis tu me donneras ta petite main et je te dirai : « Viens laisse toi conduire ». Oh! Y aurait il quelque chose qui puisse nous émouvoir ? Non parce que c’est Mie et Lou dans un seul petit coeur. (j’entends d’ici quelques réflexions de vieux grincheux) « ça passera bien vous aussi ». Oh! Petite Amour, il existe encore de ces ménages qui ont vu grandir et s’éloigner ces fruits de leur amour, mais qui malgré leurs cheveux blancs se prennent encore amoureusement le bras ou la taille, voila le bel amour que donne le Bon Dieu; pourquoi ne serait-il pas le notre Chérie ? N’avons-nous pas dans nos mains et nos coeurs tout pour le conserver ? Voila, c’est simple et ensemble nous l’avons compris et nos petits coeurs aussi puisqu’ils sont si heureux de battre l’un près de l’autre.

Pour ce soir je vais te quitter. Oh ! Toi mon cher petit Amour, de minuit à deux heures, je serai près de toi en contemplant les étoiles et je demanderai au Bon Dieu de conserver et de grandir dans nos petits coeurs tant d’amour. Tu m’as donné ton petit coeur qui pourtant te donne la vie, tiens, prends le mien comme dans la sérénité de ce soir il est pour toujours à toi et de mes lèvres s’envolent les plus tendres baisers.

Oh toi mon petit Amour je ne t’oublierai jamais. Un seul petit coeur, Lou pour toujours.

Un seul amour et pour toujours Chérie je t’aime.