Poste de police le 10 juillet 1947
Mon cher petit Amour
Peut-être petite Mie chérie je serai civil mes missives seraient plus brèves, peut-être plus espacées, surtout si j’avais le bonheur de te voir plus souvent; mais dans cette vie quasi oisive que veut notre métier et loin de nos petits amours, quelle joie de venir te retrouver par la plume. Et puis aussi Chérie je ne peux t’exprimer le bonheur que j’éprouve quand on me remet cette enveloppe écrite par Celle qui à chaque instant des jours occupe toutes mes pensées et a conquis pour toujours mon petit coeur, ma petite Mie que j’aime.
Aujourd’hui, comme dimanche dernier je suis dans le corps de garde au magasin détaché du matériel; (?) militaire à environ trois cent mètres du quartier Daumesnil. La garde là est moins sévère qu’au quartier, les sentinelles peuvent s’asseoir mais attention à ne pas s’endormir car les rondes ne badinent pas avec le mot de passe. Pendant les factions de nuit, j’emporte une couverture et étendu sur la dure, serrant mon arme contre moi, la main crispée sur la crosse, les oreilles aux aguets, je m’envole par la pensée tout près de ma Chérie et dans la nuit pour ne pas m’endormir, mes méditation peuplent ma solitude.
Oh ! Mon petit Amour il y a parfois du bonheur dans la peine; sous un beau ciel d’étoiles, respirant parfum des nuits d’été, je peux gouter, tant dans mon esprit que dans mon petit coeur à toutes ces merveilles surnaturelles et d’ici bas; Oh! Si ma petite chérie était près de moi, blottie contre épaule, quelles heures exquises je vivrais et sûrement mes factions seraient plus brèves et puis toi aussi tu gouterais, mêlé à la joie immense de ton petit coeur qui palpiterait près de celui de ton petit Lou, la douceur des nuits dans la nature, sous le ciel du Bon Dieu.
Hélas, ce n’est qu’un rêve, mon petit Amour est trop loin de moi et seul dans l’obscurité je laisse voguer mon esprit vers ce bonheur qui existera un jour quand nous l’aurons mérité dans notre attente. Près de ma petite Mie chérie, mon bonheur n’aura plus de limites et je sais que dans mon amour il ne saura faiblir. Dans cette fusion entière de nos petits coeurs et de nos âmes, ce ne sera même plus Lou et Mie ensemble, mais un seul coeur, une même âme. Un tout seul est incapable puisqu’il est si incomplet. Il a besoin de tout l’autre pour connaitre le bonheur. Oh! Petite Chérie, dans cette fusion il ne doit pas exister un seul point sombre; mon petit coeur tu seras tout dévoilé et je sais que dans mon petit Amour il m’est si facile de lire. Dans le véritable Amour, Dieu qui est perfection même, a placé tout le bonheur qui peut exister; et ce qui manque à un se trouve dans l’autre; oui ma petite Chérie chaque fois qu’un léger trouble viendra altérer ton bonheur tu te donneras tout à moi, pour ton petit Lou il sera bien de même, un dans l’autre tout le bonheur sera retrouvé.
Je serai tout à toi, tu seras tout à moi et dans un même bonheur, pour toujours, battrons nos petits coeurs, n’est-ce pas petit Amour.
Dans l’attente de la fin de mon service me permettant de souvent retrouver ma petite Mie chérie que mon coeur ne se lassera de chérir je vais encore te quitter, mais de la plume seulement.
De ton petit Lou qui t’aime de tout son coeur, reçois petit Amour mes plus tendres baisers pour toujours à toi, ton petit Lou.
Mie je t’aimais, je t’aime.