Périgueux, le 15.07.1947

Mon cher petit Amour

Voici le 14 juillet de passé pour une année encore; celui-ci je l’ai vécu avec mon costume de militaire, loin de ma famille qui jadis m’accompagnait au feu d’artifice en cette fête nationale et loin aussi de ma petite Chérie qui m’aurait donné tant de bonheur en cette soirée de fête.

Hélas puisqu’il faut savoir se satisfaire de moins, j’ai essayé de ne pas trop m’ennuyer. Toute la journée jusqu’à six heures le soir, j’étais de garde au MDM. Tu sais Mie, comme nous avions supposé , à juste raison d’ailleurs que les rondes de jour ne seraient pas nombreuses, à chaque faction, nous pouvions faire une bonne sieste, de ce fait, toute ma journée, j’ai dormi ou rêvassé pour tuer le temps. Hier au soir, nous avions quartier libre jusqu’à une heure pour tous les soldats à part ceux qui étaient de service; avec les camarades nous sommes sortis, tu sais petite Chérie, je n’ai rien regretté, jamais je n’avais vu d’aussi splendides feux d’artifice et pendant plus d’une heure, ils ont tenu une nombreuse affluence en extase devant leur attrayant jeu de lumière; comme j’aurais voulu avoir mon petit amour près de moi, le serrer contre mon épaule dans cette sérénité féérique de ce soir de fête à Périgueux. Hélas tant que Lou aura sa tenue kaki, comme l’oiseau en cage, de beaux jours s’envoleront sans que son petit coeur vive ces instants d’immense bonheur, sa petite Mie dans ses bras; Oh petite Chérie, on ne peut pas s’enterrer vivant, pour vaincre ces moments d’ennui, pour certains de cafard, nous profitons des distractions qui sont à notre disposition; pour moi qui était un sac à corde, il m’arrive surtout en ces bals en plein air, d’inviter ces demoiselles à « guincher ». Franchement petite Chérie, il m’arrive de ressentir mon coeur se serrer et poindre une petite souffrance quand, cette étrangere dans mes bras, je pense à mon petit amour qui me donne tant de bonheur près de moi, douce sensation que je ne saurai comparer au banal divertissement d’une danse et puis petite Chérie, souvent ces cavalières improvisées et qui ne voient que le militaire altéré de désir s’abandonnent vite dans ses bras qu’elles soupçonnent audacieux pour vivre les instants sensuels du flirt comme les vedettes du cinéma. Oh! Ma petite Chérie, comme je voudrais t’avoir toujours près de moi pour ne plus aller dans ces bals où l’on croit trouver des moments de délassement et où on y découvre que plus de langueur; jamais je ne pourrai retrouver dans d’autres visages, mon petit Amour, lui seul me donne tant de bonheur, si je l’oubliais un instant, je ne trouverai que l’ombre décevante du mal; souvent il m’est arrivé de chanter « la Madelon », mon petit calot bleu et rouge a voulu que je découvre dans les rues des cités d’autres Madelons toujours aussi sensuelles mais dans toute la force de mon amour et de ma foi dans le réel bonheur, je tâcherai, de pour toujours, les écarter et de toujours penser, comme il y a bientôt deux ans, alors que naissait dans mon petit coeur, cette joie d’aimer, qui partagée ne devait cesser de grandir dans cette confiance spirituelle: -« sachez me préserver des tentations sensuelles, toujours avilissantes parsemées sur mon chemin pour que je puisse rester entièrement fidèle à celle qui sera princesse de mon destin ». Oui ma petite Chérie, mon petit coeur t’a élu la reine de son amour dans le parallèle de nos sentiments, nous avons échanger nos petits coeurs pour toute la vie; Quand on a donné quelque chose, on ne doit plus y toucher, mon petit coeur ne sera qu’à toi et pour toi il sera souffrir. Adieu mon cher petit amour, reçois tous mes doux baisers, Lou et Mie pour toujours, petite Chérie je t’aime.