Vitailles, 20 juillet 1947
Mon cher petit Amour,
Hier au soir, je n’ai pas pu te retrouver par la plume, j’avis ma petite voisine Jeannette qui était venue coucher avec moi pour ne pas manquer l’heure ce matin, elle est heureuse ce soir je t’assure de sa journée.
Ce matin, au défilé, je les ai aperçu à midi. Ils m’ont cherchée partout où tous les jeunes mangeaient mais Lauzun c’est séparé des autres, nous sommes allés au bord de la Garonne où nous étions très bien. Ce cours me rappelait tellement les rivages du Lot où avec mon Lou chéri j’ai passé de si bons moments sous les doux ombrages des peupliers. C’est Jean qui m’est tombée dessus comme un éclair en poussant une terrible exclamation « Enfin la voilà », il commençait à désespérer. Lulu qui en m’embrassant me dit « je t’embrasse deux fois parce que Charles m’a dit tu l’embrasseras pour moi », tu vois chéri, elle n’a pas oublié tes recommandations. Elle avait peur de ne pas me trouver. Elle m’a dit que tu lui avais dit que tu lui passerais quelque chose si elle ne me trouvait pas. Après j’ai trouvé Louisette. J’ai passé une bonne partie de la soirée avec elle. Justement, elle a rencontré des jeunes filles de Grateloup. J’ai eu envie de rire. Il y en a une qui lui demande : « C’est vrai que Charles se marie? » alors celle-là elle voulait avoir le coeur net. Moi qui étais loin, je n’ai pas compris ce qu’elle a répondu.
Nous étions un bon nombre de jeunes, une magnifique messe de paysans, un joli défilé, trois fanfares. Il y avait quarante-huit fanions jacistes. Jean portait celui de Sainte Livrade au monument aux morts. Clément Goulinat a fait une petite allocution, très bien d’ailleurs, c’est la première fois que je l’entendais, vraiment il a du talent.
Tu vas rire, mais chaque fois que je participe à une manifestation, et qu’on se rend au monument aux morts, je pense à ces vers que j’apprenais à l’école « Ceux qui pieusement sont morts pour la Patrie ont droit qu’à leur tombeau, la foule vienne et prie ». Juste au moment où je pensais à ces deux vers, Clément Goulinat commençait son discours par ces mots. Quelle coïncidence! Mais je ne puis pas te dire s’il est grand ou petit, brun ou blond, je ne l’ai pas vu. C’est Jean et Lulu qui me l’ont dit. Albert Labardun était aussi dans nos murs, il a aussi parlé cet après-midi, nous étions 46 à partir dans notre autobus. Comme je regrette que tu n’aies pas été là, comme nous aurions une bonne journée tous les deux. Moi je l’ai passé (?) mais toi pauvre chéri, comme tu dois trouvé longs ces dimanches en caserne. Tu m’annonces de bonnes nouvelles, un an et demi de SM, ce n’est pas moi la plus à plaindre, c’est toi pauvre chéri. Enfin, à la grâce de Dieu, tu sais j’ai bien prié la sainte Vierge pour qu’elle te protège et ramène le plus tôt possible au milieu des tiens. Je pense qu’Elle ne restera pas sourde à ma prière.
Ici je termine demain, on dépique ça, fini la sauce après tranquille.
Adieu cher petit Amour, de ta Mie qui t’aime, reçois mon Lou chéri les plus doux baisers.
Mie
Pour toujours je t’aime chéri