Vitailles 22 juillet 1947
Mon cher petit Amour
Enfin aujourd’hui le calme est revenu après avoir tout remis en place je vais pouvoir pousser un soupir de soulagement. Depuis une dizaine de jours, je t’assure que je ne suis pas toujours restée les deux pieds dans la mêmes chaussure, maintenant peut-être la tranquillité va revenir un peu. oh ! Tu vois je tiens bien debout encore. Peut-être beaucoup mieux que mon Lou chérie parce que ne pas dormir la moitié du temps c’est drôlement pénible. Je n’ai passé qu’une nuit entière mais je t’assure que sur le matin je le trouvais dur, j’étais obligée de sortir de temps en temps, mes camarades aussi. Alors vous qui veillez tous les deux jours, comme vous deviez être fatigués. Va, fais toi porter malade assez tôt quand il y en aura plus un debout, ils seront bien obligés de vous lâcher. Une armée de malades, ça ne vaut pas cher et puis maintenant crois tu qu’il y ait des émeutes en ville, le pain va sans doute revenir un peu plus abondant avec les dépiquages. Ici c’est dommage qu’il n’y ait pas de paille. Pour ce qu’il y a de paille il y a le double de grains de l’an dernier.
Yves est maintenant parti avec la machine, pauvre petit comment en reviendra-t-il, déjà bien fatigué avant de partir pourvu qu’il puisse tenir. Il a deux bons ouvriers mais c’est dur quand même et il fait si chaud. Hier matin en faisant démarrer le matériel papa qui était à la presse pour regarder si la ficèle ne cassait pas, s’est fait transpercer la main gauche d’un côté à l’autre par une fourche du tracteur, quelle plaie. Parce que entre le majeur et l’annulaire l’autre trou est au milieu de la main. Je lui ai fait un pansement et il est allé au docteur aussitôt. il souffre beaucoup. Tu te rends compte l’ouverture de chaque côté est de trois centimètres environ alors toute la main est transpercée ainsi. Aussi moi il me font frémir avec tout leur matériel quand je les vois partir. Oh! Tu sais chéri au moins quand nous serons tous les deux, n’aie pas la folie de tout ça, achète tout ce que tu voudras mais du matériel de battage, c’est trop dangereux; ça rapport c’est possible mais il suffit d’une seconde pour se faire couper une main ou un bras. Heureusement Yves n’engraine pas, autrement je ne vivrais pas.
Dis petit Lou chéri vous voulez faire grève en tenue kaki, si ça réussit tant mieux, s’ils vous renvoient chez vous vous auriez dû commencer plus tôt, tu ne crois pas. Mais attends les malheureux qui n’ont pas eu leur permission de détente ne doivent rire de cette histoire de supprimer les permes. Enfin si vous revenez dans deux mois ce sera déjà quelque chose d’appréciable. Remarque que j’accepterais bien qu’on te lâche dans un mois ça ferait trois mois que je ne t’aurais pas vu, c’est assez, après trois mois le temps est long et pour toi peut-être plus encore que pour moi.
Je vais te quitter mon petit Lou chéri pour aujourd’hui encore. De ta petite Mie qui t’aime reçois ses plus doux baisers, petit Lou chéri, je t’aime.