Vitailles 25 juillet 1947

Mon cher petit Amour

Hier j’ai été un peu déçue lorsque le facteur m’a remis le courrier, pas de lettre de mon petit Lou chéri. Tu comprends je t’écrirais bien sans avoir de lettre mais j’ai peur que tu changes d’adresse entre temps, puis après j’ai pensé que sans doute tu t’étais fait porter malade et que hospitalisé tu n’avais pu écrire. Je crois que mon petit malade sera vite rétabli étant donné que la maladie est plutôt due à un peu de flemme. Tu as bien raison, si ça aboutissait à quelque chose qui ait un sens de vous faire monter la garde jour et nuit je comprendrais mais certainement ils n’ont plus rien à vous faire faire alors pour occuper le temps il vous font monter la garde sans répit. Va, resquille tout ce que tu pourras. Aussi étant donné l’état de santé de mon petit chéri, j’excuse l’écriture même les tâches puis franchement ça m’es littéralement égal maintenant l’écriture, pourvu que j’aie des nouvelles. Tu sais lorsque j’ai critiqué ton écriture c’est que je voulais connaitre ce que tu me répondrais, comme j’étais vexante pour mon Lou chéri et toi tu étais toujours content puisque tu répondais toujours par de gentilles lettres.
Lorsque je relis ces lettres d’il y a un an et même un peu plus, je me dis « tu étais vraiment aveugle pour ne pas voir que ton petit Lou t’aimait, elles étaient pourtant assez affirmatives ». Mais c’est drôle je n’en comprenais pas le sens pauvre petit Amour comme tu devais souffrir de me voir aussi sectaire, enfin maintenant ce temps est déjà loin.  Et désormais chaque jour que nous vivrons verra grandir notre amour un pour l’autre et je ne m’attarderai plus à critiquer mon Lou chéri sur des points qui n’en valent vraiment pas la peine mais plutôt à te dire « Oh! petit chéri, aujourd’hui encore plus qu’hier je t’aime. »

Cet après midi j’avais commencé ma lettre et maintenant que la journée est achevée, le calme de la nuit est revenu, seuls les grillons ne vont pas dormir encore. Ils sont en train de tenir un concert qui ne va pas se clôturer de suite. Je viens retrouver mon cher petit Amour avant de m’endormir.

Oh ! Chérie qu’il serait bon s’endormir dans tes bras qui pour moi sont une si douce chaine tout près de ce petit coeur où je peux puiser tant d’amour, tant de bonheur, cette joie de vivre me vient de toi petit chéri puisque c’est le même but que tous les deux nous voulons. Tu sais lorsque quelqu’un me parlait d’amour, de mariage, je ne comprenais pas ce que pouvait être l’amour aussi il m’arrivait facilement de hausser les épaules, de me moquer franchement du mariage chose sur laquelle mon Lou m’a repris mais tu pouvais m’excuser, j’avais beau essayer de comprendre, je n’y arrivais pas et je t’envoyais promener, n’est-ce pas Lou chéri. L’affection, je trouvais cela ridicule. Tu te souviens lorsque je te reprenais quand tu signais Charles ou que tu employais un adjectif possessif.

Il faut encore que je suspende ma lettre pour faire le café pour Yves et un engraineur pour demain matin. Dis Chéri est-ce toi qui me le portera le matin ou est-ce moi qui te le porterai ?

Ici je vais te quitter en t’envoyant mes plus doux baisers et mes plus douces pensées.

Adieu petit Chéri, je t’aime pour toujours. Maintenant lequel des deux écrit le mieux, je n’en sais rien moi, je n’arrive pas à me lire.