Périgueux le 27 juillet 1947
Mon cher petit amour
Lorsque tu recevras cette lettre petite chérie je serai dans les Charentes si rien d’anormal, demain matin à 5h nous partons en manœuvre au camp de la braconne à 18 km d’Angoulême avec une partie du matériel et les canons 75 mm et pendant quatre jours dans ce petit coin désert de l’Ouest tournera le vacarme de la guerre, heureusement qu’il y aura pas de riposte
Dans la cour du quartier la colonne blindée est en place pour le départ depuis hier ; et déjà nous avons eu hier soir et ce matin exercice de départ au combat. Je t’assure chérie je préfère cette petite promenade dans un pays inconnu, que de toujours piétiner devant une guérite. Au moins ces quelques jours rompront la monotonie de notre unique service de garde et j’ai accueilli la nouvelle de mon départ avec beaucoup de joie, comme j’ai déjà participé à toutes les manœuvres comme radio pour différer un peu, vu que tous les élèves graphistes n’ont plus encore entraîné, j’ai été versés dans le ravitaillement en essence et munitions pendant la manœuvre, ce sera peut-être un peu plus pénible, mais je suis satisfait de mon poste qui me permettra d’aller plusieurs fois à Angoulême, (dans chaque emploi il ne faut regarder que les avantages n’est-ce pas ma petite chérie)
Aujourd’hui journée de deuil national ; ce matin l’exercice de départ étant terminé à 9h3/4 j’ai eu le temps d’aller à la messe il y avait deux dimanches que je n’avais eu cette chance ; cet après-midi j’ai renoncé à sortir je suis seul dans la chambre, tous les camarades sont allés se baigner à l’Isle. ils voulaient bien m’emmener, mais autant j’aime Mie ma petite plage du Pin, autant je déteste cette eau sale de l’Isle et plus encore son ambiance presque obscène avec toute la crasse de Périgueux ; du moment que nous avons à la caserne douche à volonté pourquoi aller à l’Isle ? Si encore je pouvais y découvrir le splendide rivage du Lot rien que pour le plaisir de me prélasser dans les tendres coins ombragés évoquant les douceurs de mon petit pays peut-être aimerais ce genre de sortie ; bien que j’en éprouverais sûrement un brin de nostalgie surtout en unissant dans mes pensées mon petit amour et mes plus doux souvenirs.
Ainsi mon petit amour en cette chaude après-midi de juillet j’ai préféré le silence de ces instants dans la chambre pour venir par la pensée épancher les sentiments de mon petit cœur à toi petite chérie que j’aime. Sûrement cet après-midi tu as du retrouvé ta distraction favorite, tu sais chéri jusqu’à maintenant je n’ai guère trouvé passionnant ce genre de sport, mais prêt de toi, s’il ne suffisait que d’avoir envie d’aller à la pêche pour te retrouver, j’y serai tous les dimanches. Hélas la consigne est plus sévère et voilà bientôt deux mois écoulés loin de mon petit amour ; il faut bien se résigner il ne peut en être autrement enfin le petit espoir de te retrouver qui naissait dans mon cœur alors que la silhouette de ma petite Mie s’était à peine dérobé à mes yeux, devient de plus en plus fort et bien encore je m’aperçois que dans l’azur d’un rêve l’instant ou serré dans mes bras je percevrai battre ton petit cœur, la pensée de te revoir devient de plus en plus précise ; dis, petite chérie j’espère bien être à Sainte Livrade un de ces dimanches, tu sembles sourire par ton silence à la possibilité de te revoir dont je parlais sur une précédente de missive, n’oublie pas que j’ai une demande de perme pour dimanche drôlement appuyée par le Maréchal des logis qui sera mon compagnon de perme, maintenant je te dirai petite chérie que pour dimanche je n’y compte pas bien qu’elle soit posée je ne la désire pas non plus car pour te retrouver je serais obligé de te demander de quitter ta petite ville alors qu’elle aurait revêtu son air de fête, non ma petite chérie n’a pas tellement l’occasion de s’amuser le dimanche sans encore lui éviter la fête votive dans la commune ; tu vois Mie je souhaite de tout cœur que tu passes une bonne journée dimanche c’est toujours intéressant la fête au village ; la principale distraction est surtout le bal, Ah ma petite chérie je conseillerai d’y aller. La danse à ton avis ne t’intéresse guère, cette raison petite chérie passe encore tu n’as guère fréquenté les balles et une occasion de bien apprendre à danser ; j’ai eu parfois la joie d’exécuter quelques danses avec toi, tu aurais bien vite appris ; ma petite chérie a aussi du talent de danseuse. Oh ! Chérie tu vas sûrement te dire ; voilà que mon Lou me donne de drôles de conseils, Me débaucher maintenant. Je sais bien que Mie ne perdra pas aussi vite la tête, sous des regards enjôleurs ou dans des bras audacieux, mais ce sera une occasion de mieux pénétrer de cette atmosphère mondaine et dis découvrir le mal ; ce n’est peut-être pas pour toi petite chérie maintenant sur toi il n’aura pas de prise ; mais peut-être demain ce sera pour toi un devoir de le prévenir dans tes conseils, et dans la lutte on est vraiment fort si on connaît son ennemi et c’est un ennemi de la vie et du bonheur. On le connaît vraiment s’il a fait souffrir et si on a lutté pour le repousser. Petite chérie sur la des suggestions de ton petit Lou, médite les sans craindre de m’offusquer donne-moi entièrement ton point de vue
Revenons sur ma perme; Dis Mie si j’en ai une un de ces dimanches je t’avertirai le samedi soir par message et le dimanche matin je pourrais te donner un rendez-vous à Monbahus vers huit heures légales. Nous irions à la messe ensemble et ensuite nous descendrions au pain et pour le retour tu prendrai le car de Villeneuve Lauzun ; qu’en dis-tu chérie ? Réponds-moi comme tu l’entends, pour décider quelque chose entre nous tu as autant la parole que moi et je ne voudrais rien décider sans ton avis à l’avance.
Sûrement ces jours qui vont suivre pendant la manœuvre vont me paraître longs car le courrier ne suivra pas depuis jeudi jusqu’à vendredi prochain, sans une lettre de mon petit amour, enfin à mon retour mon bonheur sera immense si j’ai un petit stock de lettres à ouvrir, ce qui fait que tu pourras continuer à répondre comme si je parcourais tes missiles, ce sera la conversation avec un sourd et si j’arrive à répondre suivant le fil de tes pensées tu pourras croire au sortilège.
Aussi un petit amour avant de m’envoler un peu plus loin de toi, reçoit de ton petit Lou qui t’aime avec toute la force ton petit cœur mes plus doux baisers, À quand l’émotion de te serrer contre lui ? Répétant le dernier mot que de lui tu as pu entendre : « à dimanche » ce n’est pas le prochain espérons qu’il n’est plus loin. Pour toujours à toi